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Etudes et handicap


Entre mesures fructueuses et lacunes tenaces

«Continuer à lutter avec détermination pour éliminer les inégalités qui frappent encore les personnes handicapées», c'est ce à quoi exhorte le rapport du Bureau fédéral de l'égalité pour les handicapés (BFEH), publié 5 ans après l'entrée en vigueur de la LHand (loi sur l'égalité pour les handicapés). Si les efforts consentis à diverses échelles dans la société sont palpables - accès aux bâtiments, services, communication, transports publics, etc. -, le chemin à parcourir pour favoriser l'égalité au quotidien est encore long.

Visant à faciliter la participation à la vie de la société pour les personnes handicapées, ladite loi s'applique bien entendu aussi à la formation. Le milieu académique n'a d'ailleurs pas attendu son entrée en vigueur pour examiner la question. Depuis les années nonante déjà, l'accès aux hautes études des étudiants présentant un handicap alimente un débat nourri.

Identification délicate

Malgré un élan tangible, les hautes écoles suisses n'établissent aucune statistique sur les étudiants porteurs de handicaps ou de maladies chroniques. Seule une enquête menée fin 2003 auprès de l'Université de Zürich, de l'Université de Bâle et de la Haute Ecole Pédagogique de Zürich permet d'estimer à 12,7 pour cent la part des étudiants souffrant de problèmes de santé. Problèmes qui se déclinent sous diverses formes: atteintes au niveau de l'appareil de soutien et de l'appareil locomoteur, maladies psychiques, troubles du métabolisme, maladies de la peau, déficiences visuelles ou auditives, lésions du système nerveux central, etc.

Au cas par cas

Les besoins en matière de formation divergent entre chaque type de handicap. Les évaluer de façon réaliste nécessite de connaître pour chaque cas ses limitations individuelles. «Il convient en effet, si l'on veut éviter de tomber dans la discrimination, de ne pas se laisser guider par une perception trop subjective de la gravité d'un handicap», relève Judith Hollenweger (Etudiants handicapés dans les universités suisses, 2004). Tiziana Farinelli Ebengo, médecin responsable de l'«Antenne santé» de l'Université de Genève, souligne pour sa part que «l'objectif est de permettre à chaque étudiant d'étudier dans les meilleures conditions possibles. Chacun est traité de manière individuelle afin de prendre en compte son handicap et d'apporter une réponse à ses besoins selon les ressources à disposition.» Une démarche qui ne va cependant pas sans quelques difficultés, tant chaque forme de handicap suppose des besoins spécifiques.

Aménagements disparates

Au chapitre des efforts consentis par les hautes écoles, on note que nombre d'entre elles ont étoffé leur site Internet de rubriques pragmatiques à l'attention des étudiants handicapés et des collaborateurs appelés à les soutenir. Y sont regroupés notamment des informations relatives au logement, aux aides sociales, à l'accès des bâtiments ainsi que des liens vers les associations visant à promouvoir leurs besoins. Plusieurs campus mettent aussi à disposition des personnes de contact ou des points d'accueil.

A titre d'exemple, l'Université de Genève propose aux étudiants en situation de handicap une rencontre pour appréhender les entraves diverses qui peuvent émailler leurs études. Il est possible de visiter les infrastructures afin d'évaluer la possibilité d'accès en chaise roulante, ou de procéder à un repérage dans l'université et le quartier pour les étudiants malvoyants. Une discussion avec le doyen, le conseiller aux études et les enseignants est également envisageable, de façon à aménager au mieux le cursus. En terme de mesures concrètes, Tiziana Farinelli Ebengo cite encore en vrac la mise à disposition de polycopiés en gros caractères pour les étudiants atteints de déficiences visuelles, la possibilité d'enregistrer les cours ou encore - selon le certificat médical attestant le handicap - le droit de bénéficier de plus de temps pour passer les examens.

Du côté de l'Université de Lausanne, soulignons la mise en place récente d'un dispositif d'écoute à destination des étudiants malentendants. Il s'agit en l'occurrence d'émetteurs-récepteurs numériques qui offrent une alternative mobile au système de boucle magnétique déjà en fonction.

Au chapitre des infrastructures, la majorité des constructions récentes sont pensées de façon à faciliter l'accès aux personnes porteuses d'un handicap. Quelques aménagements ont également été réalisés dans d'anciens bâtiments dorénavant dotés d'ascenseurs, de rampes ou encore de portes électrifiées.

Discrimination persistante

Respecter les normes cantonales et fédérales ne suffit pourtant pas à éliminer l'ensemble des obstacles. Malgré les nombreuses mesures adoptées par les hautes écoles, beaucoup de projets souffrent encore d'un déficit de prévoyance. Chaque forme de handicap comporte son lot de contraintes quotidiennes qu'il convient d'évaluer de manière spécifique. Une posture qui fait encore défaut, en témoigne par exemple le tout nouveau Learning Center de l'EPFL dont la première ébauche avait été vivement contestée pour son manque d'accessibilité. On note qui plus est que la situation de handicap impacte encore trop souvent sur le choix des études. Obligés de légitimer leur volonté et leurs capacités de mener des hautes études, les étudiants concernés se voient affublés d'une pression supplémentaire.

Au cours des dernières années, le paysage suisse de la formation supérieure a été le théâtre d'avancées significatives en terme d'égalité. Les possibilités de soutien ont augmenté et grâce à l'expérience, la qualité des services ne cesse de s'améliorer. Toujours est-il que restreindre les faits discriminatoires requiert un combat de tous les jours.