Formation

Contester un examen raté en quelques clics

Rater de peu l'examen final de l'apprentissage, ne pas pouvoir devenir médecin pour quelques points ou n'avoir obtenu que 4 au lieu de 5 à l'épreuve de physique: «Ces résultats ne sont pas immuables», peut-on lire sur le site fragdenanwalt.ch, lancé récemment. «Vous pouvez contester chaque résultat d'examen», précise le site, qui permet de prendre contact avec un avocat en ligne pour qu'il dépose un recours.

Ce qui était totalement impensable avant est devenu la norme de nos jours, écrit la «Schweiz am Wochenende». Les recherches du dominical montrent que les résultats d'épreuves sont de plus en plus souvent contestés et cela à tous les niveaux: de l'école primaire aux bancs de l'université.

800 francs pour déposer un recours

Il n'est donc pas étonnant que certaines personnes y aient trouvé un modèle d'affaires juteux, à l'image du site fragdenanwalt.ch. La start-up zurichoise propose en effet des consultations à des prix forfaitaires. Un premier entretien pour un recours d'examen coûte 298 francs, soit le même prix que pour entamer un divorce, et il faudra débourser environ 800 francs pour le dépôt.

A titre de comparaison, la personne souhaitant modifier le montant d'une pension alimentaire doit débourser 519 francs. Selon la «Schweiz am Wochenende», ces prix restent malgré tout très attrayants. Une partie des recours formulés par les avocats en ligne sont en effet composés de blocs de texte préécrits, ce qui leur permet de proposer des prix imbattables, souligne le journal.

Didier Kipfer, un des avocats du site alémanique, confirme que les affaires cartonnent. Et cela n'a rien d'étonnant au vu des chiffres du canton de Zurich: cette année, 85 personnes ont déposé un recours parce qu’elles n'avaient pas été admises au gymnase. D'ici à la fin de l'année, la direction zurichoise de l'enseignement s'attend à environ 300 recours, ce qui constituerait un nouveau record.

L'aide d'un avocat n'est pas une garantie

En Suisse romande, la tendance se confirme partiellement. A l'Université de Lausanne, 55 recours ont été déposés au cours de l'année académique 2016-2017 contre des examens non réussis. Leur nombre ne s'élevait qu'à 42, un an auparavant. Géraldine Falbriard, porte-parole de l'Unil, estime que 20% des étudiants s'adressent de nos jours à un avocat. A l'Université de Genève, 23 recours ont été déposés l'an dernier, dont 70% à l'aide d'un avocat, explique sa porte-parole, Aurélie Kuntschen. Par rapport à 2016, ces chiffres restent stables. A noter que ces données concernent tous les recours formulés et non pas spécifiquement ceux contre des notes d'examen.

A la Haute Ecole pédagogique (HEP) de Lausanne, par contre, les recours sont en baisse: jusqu'en 2016, on en comptait une quarantaine par année, mais désormais ils ne sont plus qu'une vingtaine. Environ la moitié sont accompagnés par des avocats, sans que cela ait un impact significatif sur l'issue du recours, indique Cyril Petitpierre, directeur de la formation à la HEP. Seuls un ou deux sont acceptés chaque année, donnant le droit de repasser l'examen contesté.

De plus en plus tôt

L'avocat genevois Pierre Bayenet a lancé il y a plusieurs années déjà la plateforme monavocatenligne.ch. Tout comme la start-up zurichoise, il propose des offres forfaitaires. Pour 120 francs, le client peut exposer son problème et poser sa question. Il recevra alors une réponse détaillée dans un délai de 24 heures. Contacté, Pierre Bayenet précise cependant que «faire un recours sérieux exige entre 10 et 15 heures de travail». Et d'ajouter: «Cela représente un budget allant de 4000 à 6000 francs.» Il précise par ailleurs qu'il n'a plus déposé ce genre de recours depuis plusieurs années.

Pierre Bayenet affirme ne pas constater de hausse pour ce qui est des recours déposés contre un examen. «La nouveauté, c’est sans doute que par le passé, les recours avaient lieu contre les examens universitaires, alors que maintenant, on commence à voir des recours contre les examens gymnasiaux.»

(Source : 20 minutes)

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