pratique

Délier les cordons du stress

En visant la zen attitude

À la veille d’un test important, la tendance à la rumination mentale est forte. Notre esprit s’emballe: «suis-je prêt à affronter les questions vaches de l’examinateur? Je suis sûr que le professeur va me questionner sur le seul ouvrage que je n’ai pas lu…» Impossible de contrôler nos pensées négatives. Et l’angoisse de poindre le bout de son nez. En prônant l’instant présent, la méditation en pleine conscience vient canaliser ces idées stressantes et envahissantes. Eléments d’explication en compagnie de Pierre Gallaz, psychologue et enseignant-praticien.

Comment avez-vous découvert la pratique de la méditation en pleine conscience?
J’ai toujours été intéressé par la pratique méditative. Après avoir étudié ses approches plus traditionnelles, je me suis formé auprès du père fondateur de la méthode de la pleine conscience, l’américain Jon Kabat-Zinn.

Je pratique au quotidien ce type de réflexion depuis 2004. Je prends part aussi, chaque année, à des retraites méditatives. De plus, je suis des formations continues et demeure suivi par une formatrice américaine ayant plus de 30 ans d’expérience dans le domaine.

En quoi cette pratique diffère-t-elle des autres méthodes?
La méditation en pleine conscience, bien qu’inspirée par les pratiques bouddhistes, est strictement laïque. On peut donc la pratiquer tout en gardant ses convictions religieuses. Cette forme d’autoréflexion prône également une certaine sobriété, un détachement nécessaire afin de prendre pleinement conscience de l’ici et maintenant : elle ne propose par exemple ni visualisations, ni mantras. On se contente de prendre conscience pleinement de son expérience du moment.

Justement, comment parvenir à se détacher de toutes nos pensées parasites?
Sur le plan intellectuel, tout le monde sait que ruminer ne sert strictement à rien mais on le fait quand même! Fort heureusement, stopper ses pensées négatives, ça s’apprend. Je compare souvent l’attention à un muscle qu’il s’agit d’entraîner. Laisser s’envoler stress et angoisse implique d’apprendre à se focaliser sur le moment présent, par exemple au travers de l’observation de la respiration ou d’autres sensations corporelles. Mais cela prend du temps. L’apprentissage de la méditation en pleine conscience dure deux mois à raison de 2h30 de cours par semaine complétées par une journée de formation et une pratique personnelle quotidienne. Les effets de cette méthode sont parfois visibles dès le 21ème jour. Les résultats dépendent bien évidemment de la personne et de son engagement personnel. Cette méthode nécessite environ 45 minutes de pratique par jour.

À côté d’une meilleure gestion du stress, quels sont les bénéfices de la méditation?
À l’heure actuelle, les études scientifiques sur le sujet ont le vent en poupe. Il a notamment été démontré que la méthode permettait de mieux gérer les douleurs chroniques et prévenait les rechutes dépressives. Cette dernière améliore aussi notre rapport à l’alimentation. En étant dans l’instant, on focalise plus son attention sur le goût des aliments. Le sentiment de satiété est aussi plus vite ressenti. Tout cela a une influence positive sur les troubles alimentaires. Méditer présente aussi des avantages en cas de troubles obsessionnels compulsifs (TOC) et de troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Enfin, la pratique méditative constitue une aide précieuse en cas de dépendances et de toxicomanies car elle permet de mieux gérer ses impulsions. La méditation est d’ailleurs utilisée dans les hôpitaux, au CHUV et aux HUG de Genève par exemple. Elle ne se substitue toutefois aucunement à une thérapie classique, ni aux médicaments. Elle n’est d’ailleurs pas indiquée dans les situations où un soulagement immédiat est nécessaire, mais convient mieux à la prévention de la rechute.

Accueillez-vous beaucoup d’étudiants à vos cours? Existe-t-il un profil type d’individus qui fréquentent vos enseignements?
J’ai affaire à des personnes qui sont le plus souvent en bonne santé mais veulent aller vers un mieux-être dans leur gestion du stress au niveau de leurs vies professionnelle et privée. Les gens qui suivent mon enseignement sont aussi souvent issus du secteur des soins et de l’enseignement, peut-être parce que ces professions sont particulièrement stressantes. Les professionnels de ces deux domaines sont, également, mieux informés de l’existence de cette méthode. Concernant les étudiants, ils sont 15 à 20% à fréquenter mon cours. La majorité d’entre eux proviennent des sciences sociales, pédagogiques et du domaine de la santé. J’accueille pas mal d’étudiants en soins infirmiers.

Pour pratiquer la méditation, faut-il être en bonne santé?
Non, il n’y a pas besoin d’être en excellente forme pour prendre part aux cours. Mais il existe des contre-indications psychologiques (notamment la psychose, le stress post-traumatique, la dépression en phase aiguë) et physiques en lien avec le fait que la méditation implique de rester un certain temps immobile et les yeux fermés.