Hans-Rudolf Merz

Le Président de la Confédération et Ministre des finances s’exprime sur le rôle de la formation dans un contexte économique difficile.

La formation doit s’adapter aux besoins de l’économie et de la société. En période de crise, le domaine va-t-il souffrir de la situation financière précaire?
Compte tenu de l’enjeu que représentent la formation, la recherche et l’innovation (FRI) pour la Suisse, le Conseil fédéral et le Parlement ont fixé la priorité pour la croissance des dépenses dans ce domaine. Les investissements dans ce domaine doivent s’inscrire dans une certaine continuité et dans une perspective à moyen ou long terme. En effet, la recherche fondamentale d’aujourd’hui produira sa moisson d’innovations dans une vingtaine d’années. Autrement dit: il faut semer avant de récolter. Etant donné que la formation engage une partie importante du budget public, ses ressources financières diminuent relativement en période de crise. La nécessité de faire des choix politiques équilibrés devant des ressources financières forcément limitées vaut au fond pour toutes les tâches de la Confédération.

Certains craignent que les coûts de formation soient de plus en plus reportés sur les étudiants. L’austérité financière actuelle menace-t-elle la qualité de la formation et son accessibilité?
En Suisse, les pouvoirs publics assument la grande partie du coût de la formation de base. Ce principe n’est pas remis en question. Petit pays sans autre ressource que le savoir, la Suisse a toujours fait de la formation une de ses priorités.

En 2008, vous lanciez un plan d’action visant à réduire les dépenses de l’Etat de 5,3 milliards d’ici à 2020. Cela implique-t-il des sacrifices concrets pour le domaine de la formation ?
Les dépenses pour le domaine formation, recherche et innovation (FRI) ont progressé davantage que dans les autres secteurs au cours des dix dernières années. Et ce, pour de bonnes raisons: par exemple la forte augmentation du nombre d’étudiants. Pour les années à venir, notre planification prévoit une progression plus lente, mais toujours substantielle des investissements dans la matière grise.

Le fait d’imposer la formation - comme le prévoient les projets de réformes fiscales du Département fédéral des finances (DFF ) - ne risque-t-il pas de dégrader son niveau?
La simplification du régime de la TVA exige une égalité de traitement entre les domaines. Le gain de productivité qui s’en dégagerait (moins de travail administratif inutile) ferait augmenter les revenus de l’Etat et donc les moyens à disposition pour la formation.

L’un des principaux objectifs du troisième plan de relance du Conseil fédéral est de juguler le chômage. Une grande attention est notamment apportée aux jeunes à la recherche d’emploi. Pouvez-vous nous en dire plus sur les mesures envisagées?
En premier lieu, il est important de savoir que des mesures existent dans le cadre de notre assurance-chômage. Le système de financement de ces mesures permet d’augmenter leur nombre en cas de crise. D’autre part, de nouvelles mesures ont été décidées par le Parlement dans le cadre de la troisième phase de mesures de stabilisation conjoncturelle. Ces mesures seront temporaires et financées en dehors de l’assurance-chômage. La loi y afférente entre en vigueur le 1er janvier 2010 et prend fin le 31 décembre 2011.

Pour diminuer voir interrompre le chômage des jeunes qui ont terminé leur formation professionnelle initiale, 40 millions de francs seront mis à disposition pour des formations continues, par exemple dans le domaine des langues ou de l’informatique. En outre, 12 millions de francs sont prévus pour soutenir des employeurs pendant 6 mois lorsqu’ils engagent un jeune de moins de 30 ans, sans emploi depuis au moins 6 mois, avec un manque d’expérience professionnelle pour une durée indéterminée. Il existe également d’autres mesures dans le cadre de la troisième phase de mesures de stabilisation conjoncturelle mais qui ne concernent pas spécifiquement les jeunes. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) prépare actuellement la mise en oeuvre de ces nouvelles mesures.

Votre mandat de Président de la Confédération vous conduit à de nombreux déplacements à l’étranger. Comment voyez-vous la situation des jeunes suisses par rapport au reste du monde?
La situation chez nous est nettement plus favorable qu’ailleurs. Si l’on compare la situation des jeunes Suisses avec celle des jeunes d’autres pays, alors on constate qu’elle est bonne. Les étudiants suisses sont mieux placés, qu’il s’agisse de l’accès au marché du travail en raison d’un taux de chômage bas, de la qualité de la formation ou de l’efficacité du filet social qui aide les jeunes s’ils rencontrent des difficultés particulières.

Pensez-vous qu’un superdépartement de la formation puisse voir le jour en Suisse?
Le Conseil fédéral rediscutera de la réforme du gouvernement au printemps 2010. Fruit d’une évolution historique, l’actuelle répartition des compétences entre le Département de l’intérieur et le Département de l’économie donne du poids au domaine formation, recherche et innovation puisqu’il est porté par deux conseillers fédéraux qui pèsent de tout leur poids quand il s’agit d’attribuer les ressources budgétaires.

Vous avez récemment donné un cours à l’Université de Genève. La voie académique est-elle un point de chute pour la retraite des conseillers fédéraux?
J’ai donné en mai dernier une conférence à l’université de Genève dans le cadre d’un cours de droit fiscal du professeur Xavier Oberson. C’était une très bonne expérience. J’en ai profité pour faire passer un message aux étudiants. Nous avons besoin de jeunes talents à Berne.

La Confédération offre une diversité de postes et de missions que nul autre employeur ne saurait offrir. Certains domaines de compétences dans l’administration fédérale sont même inexistants dans l’économie privée. Sans compter que les postes pour les jeunes diplômés offrent de réelles responsabilités et une grande possibilité d’action au service de notre pays.

Je ne crois pas que la voie académique soit un point de chute pour un conseiller fédéral à la retraite. Il y a en tous cas une différence entre le fait de donner quelques conférences ou cours – que toute personne ayant une expérience particulière peut être appelée à donner – et une activité académique proprement dite.

En tant qu’observateur privilégié de l’évolution économique actuelle, quel message souhaitezvous transmettre aux étudiants?
Soyez optimistes et engagez-vous avec enthousiasme dans l’acquisition de connaissances et d’expériences une fois vos études achevées. Vous avez toute la vie devant vous et vous pourrez profiter longtemps des fruits de l’effort que vous aurez fourni.

bio express

1942
Naissance de Hans-Rudolf Merz à Herisau, où il effectue sa scolarité obligatoire.
1971
Titre de docteur en sciences politiques à l’Université de St-Gall. Sa thèse porte sur le patrimoine financier et administratif considéré selon les aspects du droit public et de l’économie.
1969 - 1974
Secrétaire du PRD de Saint-Gall et directeur de l’Association de l’industrie d’Appenzell Rhodes-Extérieures.
1974 - 1977
Sous-directeur du centre de formation Wolfsberg de l’UBS.
1977 - 2003
Conseiller d’entreprise indépendant et membre du conseil d’administration de diverses entreprises industrielles et sociétés de services suisses.
1997
Conseiller aux Etats, président de la Commission des finances et membre de la Commission de politique extérieure et de la Commission de la politique de sécurité.
2003
Hans-Rudolf Merz est élu conseiller fédéral (Département fédéral des finances).
2008
En décembre, l’Assemblée fédérale le nomme Président de la Confédération pour 2009.
En vrac Marié et père de trois fils, Hans-Rudolf Merz consacre ses loisirs à la culture (opéra, jazz, histoire des civilisations, littérature) et s’intéresse au hockey sur glace.