discover

Lost in Bollywood

Fortement écarté de ce que le public suisse a l'habitude de voir, le cinéma populaire indien, connu sous le nom de bollywood, commence à apparaître sur nos écrans.
New York Masala à l'open air de Lausanne, The Rising au Festival de Locarno... Bollywood commence gentiment à apparaître dans les programmes ciné de nos manifestations dédiées au 7ème art. Profitons de l'occasion pour mieux comprendre ce cinéma et les raisons du succès européen grandissant d'un cinéma qui a déjà derrière lui une très longue histoire. Le terme de « Bollywood », peu populaire auprès des réalisateurs indiens, fut inventé dans les années huitante pour désigner le mouvement de résistance face à l'invasion sur le marché des blockbusters américains. Le terme ne représente pas tout le cinéma indien, mais seulement les films populaires en hindi et fabriqués à Mumbai (anciennement Bombay).

Jusqu'à trois sorties par jour
Pour donner quelques chiffres, l'industrie du cinéma indien produit en moyenne 800 films par an, en comptant quelques pics comme en 2003, où le pays a sorti plus de 1'000 films! A titre de comparaison, les Etats-Unis en fabriquent environ 500 par an et la France moins de 200. Il faut savoir toutefois qu'un faible pourcentage de ces films est rentable. De plus, cette industrie est victime d'un énorme marché noir de vente de DVD, CD, VCD, VHS, tous piratés et vendus illégalement (un problème qui ne touche pas que l'Inde, loin de là). On retrouve dans cette masse gigantesque tous les genres classiques, mais dans des proportions différentes que le cinéma occidental. Il ne faut pas croire qu'ils ne font que des histoires à l'eau de rose, même si la proportion est bien plus grande que chez nous. Les thrillers, les films d'action, historiques, de guerre et même d'horreur sont tout à fait présents. Il faut de tout pour plaire à un public qui dépasse les 13 millions de spectateurs par jour ! Un chiffre d'autant plus impressionnant qu'un film bollywoodien moyen dure environ 3h00.

Pourquoi ces films sont-ils si longs?
«Pourquoi vos films sont-ils si courts?» répond Shahrukh Khan (une des plus grandes stars actuelles). Plusieurs raisons expliquent ces films-marathon. Quand il fait 40 degrés à l'ombre, rester trois heures dans une salle climatisée est un luxe bienvenu. Mais la durée des films est aussi due aux chansons, environ six par film, ce qui ajoute une demi-heure rien que pour le côté musical. Aller au cinéma est encore considéré comme un privilège pour une majorité de la population, le spectateur doit en avoir pour son argent.

C'est ce qu'on appelle les films masala (en référence à l'assortiment d'épices). C'est avec ces ingrédients (une bonne dose de bons sentiments, d'amour, de passion, de musique, de suspense, d'action, de danse et de chants) que doit travailler le réalisateur de films hindis. Il doit aussi se soucier du fait que le film doit pouvoir être vu et compris par un public composé de castes différentes dont les valeurs changent d'un siège à l'autre. Car tout le monde va au cinéma, et en famille! Donc, pas de baisers, ni de scènes d'amour. Difficile pour une jeune indienne de regarder de telles scènes avec grand-maman assise à côté…

Tout ceci donne un résultat bien différent des films que l'on a l'habitude de voir, avec ce cliché kitch et «cul-cul». Certains passages relèvent plus du vidéo-clip que du cinéma, durant lesquels les acteurs changent de vêtements et de lieu à chaque plan. De plus, une multitude de traditions, de coutumes mais aussi de codes ne peuvent être compris par un public non indien.

Guide des coutumes

Un star-system qui attire les studios américains
Ce succès attire bien évidemment aujourd'hui des studios comme la Warner Bros et la 20th Century Fox. Les deux mastodontes ont ouvert des bureaux en Inde, et se mettent à financer des films hindis commençant à s'écarter de leurs structures habituelles. La faute à une jeune génération lasse de voir toujours les mêmes histoires, et qui n'est plus intéressée par ces scénarii trop prévisibles. Le défi consiste à devenir plus accessible, tout en gardant un pied dans ses traditions. De cette énorme industrie découle bien entendu tout ce qui va avec: les prix, les festivals et le star system, particulièrement important. Des noms comme Amitabh Bachchan, Salman Khan ou Aishwarya Rai font ainsi partie du panthéon bollywoodien. Mais ce qui rapporte le plus, ce sont les bandes originales des films. Les chansons ont une place bien particulière dans la culture indienne. Leur présence remonte à la tradition théâtrale du pays. Comme l'Inde a toujours été composée d'une grande variété linguistique, les représentations se devaient d'être comprises par tous en réduisant au maximum la barrière linguistique, ce qui donna cette narration dans laquelle la danse et la musique ont une place primordiale car très communicative. Mais pour bien saisir ce cinéma, il n'y a pas mieux que de le découvrir dans les salles. Souvent bondées et pleines d'ambiance, les séances relèvent plus de l'événement que d'une programmation régulière. Ne sois pas surpris si le public réagit de manière plus franche que lors des films habituels. On se moque des acteurs qui en font trop. On rit, tellement les ficelles sont grosses. Mais surpris par une tournure imprévue, on finit par se prendre au jeu en réalisant qu'on nous a mené en bateau. Arrive alors une chanson sans prévenir, la situation se retourne, le héros meurt, et les trois heures sont déjà passées. On sort de la salle avec l'impression d'avoir vu quelque chose d'original et de nouveau. On pense déjà le conseiller à ses amis, tout en se demandant quand sera la prochaine sortie.

que signifie...

...le port du bindi (point rouge)?
Le bindi est de nos jours souvent porté comme un bijou surtout dans le Sud. Au Nord on le porte plus comme une façon de montrer que la personne est mariée.

...toucher les pieds de quelqu'un?
C'est un signe de respect. Dans la culture indienne, les pieds sont considérés comme la partie du corps la plus sale. Quand on res-pecte quelqu'un, la coutume est de lui montrer que même lui toucher les pieds est un honneur.

...se toucher les oreilles?
On touche ses oreilles quand on veut s'excuser et admettre qu'on a commis une erreur.

...mettre du khôl (poudre noire) sur le visage de quelqu'un?
Quand une personne est très belle, il est logique de penser qu'elle attirera tous les regards. Placer un point noir sur son visage est une manière de masquer sa perfection.