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Lucien Zuchuat

LA PLUME DANS LA PEAU

Le rendez-vous est fixé à la gare de Lausanne. Lucien Zuchuat arrive essoufflé, s’excusant presque de transporter sa maison avec lui. Une encombrante valise et un sac à dos de montagne trônent à ses côtés. «Je vis en Valais mais je suis une formation en Lettres à l’Université de Fribourg», précise l’étudiant pendulaire. Une vie de pigeon voyageur qui semble bien convenir au jeune homme puisqu’il apprécie sillonner la Suisse romande en train. «Je considère ces instants comme autant de moments privilégiés où je peux rêver et m’évader par la pensée et par les mots». Les mots, le Valaisan se plait à les disséquer sous toutes les coutures puisqu’il se passionne pour l’écriture depuis tout petit.

Du haut de ses 21 ans, Lucien Zuchuat compte déjà un riche bagage littéraire dont plusieurs pièces de théâtre jouées sur les scènes valaisannes. Il vient d’ailleurs de décrocher le Prix Interrégional des Jeunes Auteurs qui récompense des écrivains prometteurs issus de toutes les régions francophones du monde. Le jury du concours est composé d’hommes de lettres reconnus sur le plan international. Ce prix n’avait, d’ailleurs, plus été décerné depuis cinq ans, faute d’avoir trouvé des plumes talentueuses. Et, il y a huit ans, le célèbre romancier Joël Dicker, auteur de « a Vérité sur l’affaire Harry Québert», avait raté de peu la distinction littéraire. Lorsqu’on ose un rapprochement entre lui et le célèbre écrivain genevois, Lucien Zuchuat répond en toute modestie: «Il est vrai que ce genre de carrière fait rêver. Mais je n’ai de loin pas le niveau littéraire de Joël Dicker.» Et d’ajouter: «C’est tout de même encourageant de voir que de jeunes auteurs sont passés par là et ont réussi»

UN CONTE CONTEMPORAIN

L’étudiant en première an - née de Bachelor a remporté la palme pour son dialogue théâtral, « La Jeune fille et les néons ». Le décor de la cause - rie est vite planté : une grande ville cosmopolite qui vit au rythme effréné de l’époque actuelle. «La cité est partie prenante du récit. Elle figure un personnage à part entière. J’ai d’ailleurs rédigé ce texte alors que je séjournais à Berlin. La capitale allemande m’a beaucoup inspiré», précise le Valaisan. L’histoire ? Une adolescente décide de quitter le domicile familial. Dans son périple, elle rencontre un vieillard. Un dialogue et une complicité teintée d’amitié s’instaurent alors entre les deux héros qui vont refaire le monde. Lucien Zuchuat a vu sa pièce publiée aux éditions de l’Hèbe. Il a, également, empoché 2000 francs en guise de récompense. «Cet argent a servi à financer mes études. Je ne suis pas parti au Bahamas», confie-t-il dans un éclat de rire.

ÉCRIRE COMME RESPIRER

À plus long terme, le Valaisan n’envisage pas de vivre uniquement de sa plume: « L’écriture doit rester une passion avant tout et non un devoir où il faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier pour gagner sa croûte. Je rêve de travailler dans la diplomatie, le journalisme et pourquoi pas dans l’enseignement ou le théâtre». Pas question pour autant de laisser sa plume au vestiaire. «Noircir du papier est pour moi une nécessité vitale. Des petits rituels d’écriture, je n’en ai pas. Je peux écrire n’importe où suivant l’inspiration du moment. Par contre, je n’utilise jamais l’ordinateur. J’apprécie ce contact quasi organique avec le papier», explique-t-il. Ses genres de prédilection? Le théâtre et la poésie. «Actuellement, je m’essaie au roman et à la nouvelle mais l’écriture théâtrale reste une matière profondément vivante et interactive que j’affectionne tout particulièrement.»

Ses projets, mettre en scène «la Jeune fille et les néons» et écrire une nouvelle pièce.«J’ai déjà quelques idées éparses mais elles doivent encore prendre forme.» Affaire à suivre! MB

BAS LES MASQUES

Lucien Zuchuat est né à Sion (VS) en 1992. Féru de lecture et de théâtre, il se passionne très tôt pour l’écriture dramaturgique et poétique. Sa passion de l’écrit, il dit l’avoir hérité de sa mère, une grande lectrice. Le jeune homme suit des cours de théâtre avec le comédien et metteur en scène suisse Bernard Sartoretti avant de rejoindre la troupe de théâtre de l’Université de Fribourg, les «Apostrophes» Il est actuellement en dernière année de Bachelor en anthropologie sociale et histoire.