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Un projet pour étudier le journalisme d’investigation

Depuis Wikileaks ou l’affaire Snowden, le journalisme d’investigation vit un renouveau. Comment se conçoivent les enquêtes contemporaines ? Quels modes de narration adoptent-elles pour toucher leur public ? L’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel y consacre un projet qui démarre le 1er septembre, fort du soutien de 625'000 francs qu’il a reçu du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS). Menée sous la direction de la professeure Annik Dubied, cette recherche se terminera à la fin de février 2021.


«A l’heure de l’infobésité, du journalisme citoyen ou encore du big data, la place du journalisme et en particulier de l’investigation est à reconsidérer», indique Annik Dubied, directrice de l’AJM. Comme le montrent Wikileaks, les Panama Papers ou l’affaire Fillon, l’investigation a pris une place d’envergure dans les débats sociétaux et fait son retour dans l’imaginaire collectif.
Ce genre journalistique vit un renouveau, tant du point de vue de ses processus de travail que de sa mise en récit. Exploitation de données, mise en évidence des méthodes utilisées dans le corps du récit ou renvois à des connaissances préalables au moyen d’hyperliens sont quelques exemples de ces innovations.
Le débat entourant la définition et la nature du journalisme d’investigation n’en facilite pas l’étude : il est largement entaché de mythes et de clichés, ce qui péjore la compréhension de l’évolution des pratiques d’investigation. Les journalistes qui s’y consacrent sont la plupart du temps présentés comme des héros solitaires, ce qui donne des enquêtes une image déformée. Or celles-ci sont en réalité souvent longues, fastidieuses et routinières, impliquant de multiples acteurs, relais et vérifications.
A diverses échelles, des rédactions, des groupes ou des individus produisent une palette variée d’investigations, des plus modestes et locales aux plus sonores, orchestrées par des consortiums internationaux ou des cellules spécialisées. La définition du journalisme d'enquête est chargée d'enjeux politiques suscitant de vifs débats, ce à quoi s'ajoute une dimension identitaire qui fonde bien des vocations de journalistes : l’investigation, c’est LE genre journalistique par excellence – alors même que sa pratique ne concerne qu’un petit nombre de professionnels.
«C’est en étudiant les méthodes utilisées en investigation, et la manière dont ces méthodes sont rapportées, parfois même théâtralisées, dans le récit d’enquête, que nous serons à même de mieux comprendre les plus-values présentes et futures du genre», résume Annik Dubied.
Pour constituer leurs données, les chercheurs de l’AJM auront recours à des questionnaires, à des analyses de corpus, à des entretiens approfondis et à de l’observation directe. Dans un souci de pertinence pour le monde professionnel, les résultats seront discutés avec un panel de journalistes d’investigation, afin d’en tirer des contributions utilisables dans le cadre de leur formation.

(source : unine)

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