Altérité et identité nationale en tête d’affiche

52 affiches envahissent les rues de la ville de Neuchâtel à l’occasion d’une exposition en plein air. Intitulée «L’étranger à l’affiche - Altérité et identité dans l’affiche politique suisse 1918 - 2010», la rétrospective a été réalisée par l’Université de Neuchâtel.

Fondue, caquelon et «suissitude»

Partant du rapport amour-haine qui se tisse entre la population indigène et étrangère, le parcours didactique questionne les fondements de la «suissitude». «Comme d’autres formes d’appartenance, l’identité suisse se crée par effet de miroir et de contraste. Paradoxalement, les représentations imagées sur les migrants permettent de mieux appréhender ce qu’est le bon Helvète. Ce qui n’est pas suisse définit, a contrario, la suissitude», explique Francesco Garufo, co-concepteur de l’exposition et assistant post-doctorant à l’Université de Neuchâtel. Le langage des affiches politiques qui se doit d’être simple et direct afin de toucher le plus grand nombre se prête d’ailleurs très bien au jeu des stéréotypes ethniques. Les années 60-70, période qui voit déferler bon nombre d’émigrés italiens et espagnols,  jouent sur les clichés des personnes du sud de l’Europe. Un certain nombre de tableaux présentent alors le travailleur italien - serveur ou ouvrier le plus souvent - bazané avec une moustache et des sourcils fournis. «Sans oublier les stéréotypes culinaires auxquels les affiches font très souvent appel : fondue et caquelon pour illustrer l’appartenance à la Suisse, ou spaghettis pour souligner l’italianité des étrangers», souligne Christelle Maire co-conceptrice de l’exposition et collaboratrice scientifique à l’Université de Neuchâtel.

Le drapeau suisse pris en otage

À l’heure actuelle, ce n’est plus l’Italien ou l’Espagnol qui inquiète mais l’homme venu de beaucoup plus loin. «Dans l’univers visuel, le solide travailleur portugais a été remplacé par le voleur des Balkans», précise Christelle Maire. À l’image du gentil ouvrier italien s’est substituée celle du menaçant cambrioleur balkanique. Le langage des affiches criminalise plus fortement le migrant que par le passé.
Si un glissement au niveau de la stigmatisation de l’étranger s'est opéré au cours de ces dernières décennies, le cadre des affiches lui reste le même. Il met bien souvent en scène un drapeau suisse - symbole identitaire fort -. «Ainsi, de par sa forme carrée, l’étendard helvétique permet de marquer physiquement la frontière entre notre pays et  ce qui relève de l’étranger. Pris en otage, le drapeau suisse figure alors une forteresse et symbolise une forme de repli sur soi», commente Francesco Garufo.

300 tableaux illustratifs

Pour monter leur exposition, Christelle Maire et Francesco Garufo ont dépouillé 300 affiches. «Nous avons choisi d’exposer les images les plus parlantes tout en respectant le principe d’équité en matière de représentations politiques», concluent-ils.


L’exposition se tient jusqu’au 1er septembre à la Place du 12-Septembre, à Neuchâtel, puis du 6 septembre au 1er décembre à La Chaux-de-Fonds. Entrée libre.

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