The Steel City

Prêt pour être catapulté sur la Pennsylvanie ?

Le saut étant sans doute un peu trop abrupt, commençons par un petit focus dans les règles. Décollage de Suisse, pause pour une Guinness à Dublin, atterrissage à JFK, l'occasion de se perdre un peu dans les rues de New York, et enfin largage au-dessus de la rivière Ohio après deux heures de vol vers l'Ouest. L'air siffle et la ville grandit à vue d’œil, perdue dans une brume qui n'est pas sans rappeler l'époque industrielle. À gauche, il y a Downtown Pittsburgh, avec les tours du centre financier. Un peu plus à l'Est, on peut apercevoir la cathédrale du savoir de l'université, puis viennent les quartiers de Shadyside et Squirell Hill. Il est temps d'ouvrir le parachute. Nous nous écrasons dans une petite baraque en pierre qui donne sur la cinquième avenue, dans une chambre un peu vide décorée d'un grand Ohm indien et d'un slogan publicitaire de la Chine de 1969.

Bienvenue chez moi.

La cité des ponts, la cité de l'acier, la cité des champions.

Tels sont les surnoms officiels de Pittsburgh, dans l'ouest pennsylvanien. Il serait facile d'en rajouter quelques-uns : la cité du Ketchup Heinz, la cité-université, la cité-hôpital.

Construite à la jonction de trois rivières - l'Allegheny et la Monongahela se rejoignant pour former l'Ohio, allant elle-même se déverser dans le Mississippi - Pittsburgh a été un lieu stratégique dans la French and Idian War, correspondance outre-mer de la guerre de sept ans, avant de devenir un pôle industriel dominé par deux grands hommes d'affaires, Andrew Carnegie et Andrew Mellon. Elle est aujourd'hui devenue la ville de l'équipe de football les Steelers, ayant gagné le Super Bowl en 2008, une cité universitaire importante, avec plus de dix hautes écoles et un centre de recherche médical et scientifique. L'université Carnegie Mellon, réputée entre autres pour son niveau en informatique, est la plus connue, avec un peu près le même nombre d'étudiants qu'à l'ETHZ.

Forbes avenue, Mount Wahsington, the Carnegie Center... Très peu de noms ici rappellent que les premiers occupants de Point State Park, au croisement des trois rivières et qui forment le centre de la ville, étaient des français. Seule la bière nommée Duquesne est là pour rappeler la première garnison de la région, portant le nom de ce grand officier de la marine française. De part sa situation géographique, Pittsburgh fut longtemps considérée comme un avant poste vers l'Est. La French and Idian War s'étant soldée par la fin de la présence française dans la région, la ville est devenue une cité industrielle produisant bateaux, verre et Whisky - mélange quelque peu atypique et fort concluant - avant de devenir sous l'influence de grands hommes d'affaire un centre de production d'acier et de fer. La ville a également joué des rôles importants au vingtième siècle, en étant entre autre le principal lieu de production de l'Arsenal de la Démocratie organisé par Roosevelt pour soutenir l'effort en Europe lors de la Seconde Guerre Mondiale. Elle est aussi la mère du Ketchup, Henry Heinz y ayant fondé sa fameuse compagnie !

On compte à peu près trois cents mille habitants dans la ville elle-même, pour une agglomération de deux millions cinq. Les quartiers comme Shadyside, étant juste à côté des deux principales universités - CMU et Pitt University - sont principalement habités par des étudiants venant de tous les coins des États-Unis et du monde. Dominant les deux campus se trouve la Cathédrale du savoir, second plus haut bâtiment universitaire au monde - qui, pour l'anecdote, fut construite pour être cathédrale car il n'était pas autorisé de construire de bâtiment non religieux de cette taille.

Pittsburgh, 1920

Deux mois. Le temps passe vite.

Cela fait déjà un petit moment que je suis arrivé, que le semestre a commencé et que je devrais un peu plus sérieusement me mettre à travailler. Ici, les études sont un business, l'écolage s'élevant à cinquante mille dollars par ans! Merci à l'EPFL. Pour le sport, pas d'excuse : les salles de travail donnent sur la piscine du campus, disponible en libre accès.

Et la fête et le voyage alors ? Dois-je rappeler que dans ce pays, l'âge minimum pour commander une bière ou entrer dans un bar est de vingt-et-un ans? Le cliché des fêtes universitaires américaines : à la maison, qui tremble sur ses fondations et sous le poids de étudiants qui se serrent dans le salon. Du côté voyage, c'est bien simple : six heures de bus minimum dans toutes les directions. On peut trouver non loin Washington DC, New York, Philadelphie, Baltimore, Cleveland, Boston, les chutes du Niagara, Toronto, Chicago. Le tout est de trouver le temps.

J'ai déjà été un moustique sur les barrières de la Maison Blanche, un dignitaire dans le Capitole, la maison du Congrès - que j'ai visitée avant le Palais Fédéral ! - et un peuso-romantique devant la puissance de la nature qui s'écoule continuellement du lac Érié vers le Canada, à Niagara Falls.

Mais tout ça n'a plus grand chose à voir avec la cité de l'acier...