Stages: formation ou main d'oeuvre malléable et bon marché?

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Retour sur les rouages d'un débat récurrent

Le stage, c'est un peu le tremplin «à la mode» qui permet de passer des études au monde professionnel. Tout le monde ne partageant pas cet avis, il reste toutefois un objet de controverse. En effet, le clivage des opinions semble se renforcer ces dernières années, découlant sur des débats sans fin qui laissent perplexes les étudiants fraîchement arrivés sur le marché de l'emploi.

Compris comme une période - en générale déterminée - de formation ou de perfectionnement dans un service d'une entreprise, le stage peut se dérouler dans le cadre des études ou une fois le diplôme obtenu. Il est censé offrir aux étudiants ou aux jeunes diplômés dépourvus de pratique une opportunité d'acquérir une expérience dans le domaine professionnel visé. Il sert ainsi de pont pour accéder plus facilement au monde de l'emploi. Cependant, il faut savoir que le statut de stagiaire n'existe pas au niveau légal. C'est ainsi que la voie reste libre aux abus, car une expérience professionnelle n'est pas toujours synonyme de bonnes conditions de travail.

Deux visions antagonistes

Dans les grandes lignes, les «prostages» tendent de leur côté à mettre en avant les vertus du stage en rappelant que ce dernier reste un outil qui permet d'acquérir de l'expérience dans le domaine souhaité. Il est souvent regrettable de constater que malgré de nombreuses années d'études et des titres ardemment obtenus, les jeunes diplômés peinent à trouver des emplois faute d'un manque cruel d'expérience professionnelle. Bien que trois quarts des étudiants exercent une activité rémunérée parallèlement à leurs études (selon la dernière enquête en date de l'Office fédéral de la statistique (OFS) sur la situation sociale et économique des étudiants), ces «petits jobs» sont rarement reconnus par les recruteurs, lesquels demeurent réticents à l'idée d'engager des jeunes inexpérimentés. Cela reste alors un «casse-tête» pour les étudiants qui souhaitent obtenir une première expérience que personne ne daigne leur donner. Le stage tend ainsi à s'imposer comme une alternative incontournable pour y remédier.

Pour leur part, les «anti-stages» dénoncent l'engrenage dans lequel les étudiants se retrouvent engouffrés lorsqu'ils accumulent plusieurs stages à la suite, sans jamais décrocher de contrat d'emploi. Le stage ne s'avère souvent pas à la hauteur des attentes, les étudiants se retrouvant cantonnés à des tâches basiques, répétitives et inintéressantes et n'apprenant au final pas grandchose. Les détracteurs dénoncent en outre les conditions de travail navrantes qui caractérisent bien trop souvent les stages, avec notamment des salaires bas voire inexistants, et ce malgré un travail conséquent à fournir. Ils montrent ainsi du doigt une forme d'exploitation moderne au profit des entreprises qui emploient des personnes qualifiées pour un coût minimum. Par conséquent, la tâche est loin d'être facile pour l'étudiant qui doit jongler entre différentes activités pour vivre et accumuler de l'expérience.

Un choix stratégique...

Dès lors, nous sommes en droit de nous demander quelle est la différence entre un bon et un mauvais stage. La réponse ne coule pas forcément de source. En effet, l'appréciation doit se faire individuellement, car cela dépend des objectifs du jeune diplômé. Afin d'éviter toute déception, il vaut mieux garder en tête qu'un stage n'est pas un moyen de se faire de l'argent, mais plutôt d'acquérir un bagage complémentaire. Le salaire conservant souvent un caractère symbolique, il ne permet que rarement de subvenir à ses besoins. Aussi, l'important consiste plutôt à savoir si le stage envisagé correspond au domaine professionnel visé et s'il est susceptible de permettre d'apprendre des choses utiles pour sa future carrière, et d'une manière plus générale s'il répond tout simplement aux attentes. Par conséquent, si le stage en question ne permet pas d'atteindre ses objectifs fixés, mieux vaut s'abstenir.

Flou sur la rémunération

Les responsabilités exercées étant limitées et compensées par une formation, le stage ne comporte pas d'obligation en matière salariale. En effet, la rémunération versée aux stagiaires peut varier en fonction du secteur d'activité, mais en moyenne elle se situe entre 2'000 et 2'500 CHF/mois. Concernant les domaines d'activité manquant de moyens, comme les secteurs sociaux ou culturels, la rémunération reste minimale ou ne représente qu'un défraiement pouvant couvrir, par exemple, les frais de transports et/ou de repas. Ainsi, il est malheureux de reconnaître que moins les étudiants auront d'exigences salariales, plus ils auront de chance de trouver un stage. En revanche, il faut savoir que des possibilités de bourses existent, comme par exemple le programme européen de stages Swiss Occidental Leonardo (SOL), vers qui l'on peut se tourner pour solliciter une aide financière.

Tâter le terrain

Comme nous l'avons vu, un stage confère une bonne opportunité de travail pour les étudiants dépourvus d'expérience dans le domaine d'activité souhaité et qui cherchent à entrer dans le monde professionnel. Il est également un bon moyen pour se rendre compte si le secteur d'activité visé répond aux attentes et à la conception que l'étudiant s'en fait. Cependant, le marché du travail et des stages demeure un champ de bataille parfois impitoyable et cruel, dans lequel il faut demeurer méfiant et garder toujours en tête ses objectifs et conditions pour éviter de tomber dans les pièges de l'exploitation.

La dure réalité économique et sociale fait que tout le monde n'est pas égal sur le marché de l'emploi et de la formation. En effet, réaliser un stage nécessite d'avoir les moyens ou un soutien financier extérieur. Quant aux étudiants, dépourvu de toute ressource pécuniaire, ils se verront additionner à leur emploi du temps souvent conséquent, un job d'étudiant permettant de subvenir à leurs besoins alimentaires. C'est ainsi que ce problème d'inégalité d'accès, pour les jeunes diplômés qui entrent dans le monde professionnel, ne peut être nié. Autant le stage demeure un tremplin, autant il reste difficile de s'en contenter pour les étudiants qui ont besoin de revenus décents pour subsister.