
En situation d'entretien d'embauche, une bonne prestation orale ne suffit pas forcément à «séduire» le recruteur. Le message capté par ce dernier tient aussi en grande partie à la gestuelle du candidat.
Le langage verbal est réfléchi et ne reflète pas toujours la psychologie de l'individu. A l'inverse, le langage du corps s'avère à de maintes reprises révélateur de ses véritables sentiments intérieurs. Le sourire, la poigne de main, le regard, la posture, la tenue vestimentaire ou encore la façon d'occuper l'espace sont autant de signaux envoyés à l'interlocuteur et qui infèrent sur son jugement. Pas nécessairement conscientisés, ilspeuvent cependant être partiellement endigués. Alors que l'on aime à relever l'importance de la première impression dans le processus de recrutement, une bonne synchronisation entre le message verbal et le message corporel paraît d'autant plus déterminante.
De nombreux gestes parasites peuvent affecter inconsciemment le jugement du recruteur. Minimiser l'impact de ces signaux négatifs nécessite un sérieux travail en amont de l'entretien. une priorité consiste à enrayer les effets liés au stress, car celui-ci impacte très fortement sur la communication non verbale. pour ce faire, il convient d'être bien informé sur l'entreprise, d'anticiper les questions délicates, de choisir une tenue convenable et confortable, mais aussi de préparer sa «représentation» et de façonner sa production gestuelle en sachant rester soi-même. Décryptage de quelques facettes du langage corporel susceptibles de tronquer la communication interpersonnelle.
Dès l'instant où le candidat débouche dans le champ de vision du recruteur, son attitude corporelle envoie des signaux à ce dernier. La façon de faire son entrée et de se diriger vers son interlocuteur est déjà caractéristique de son état d'esprit. La personnalité se calque sur la manière de se mouvoir. Il importe donc de trouver la posture et la cadence adaptées, de façon à paraître serein et confiant.
Les manières de se déplacer sont matière à de nombreuses interprétations. De façon schématique et non exhaustive, on relève cependant volontiers quatre tendances récurrentes. Marcher avec les épaules affaissées, le dos rond et la tête inclinée vers le bas peut être interprété comme un signe de renonciation ou de vulnérabilité. Le torse qui se débusque vers l'arrière témoigne plutôt que le candidat procède à regret. La tête et les épaules infléchies vers l'avant tendent en revanche à signaler une confiance en soi démesurée, voire une marque d'arrogance. pour transmettre confiance et compétence, on recommande donc en général une posture verticale, doublée d'un pas ferme et d'une tête maintenue haute.
Selon diverses études comportementales, la manière de serrer la main de son interlocuteur joue un rôle particulièrement significatif. Ce rituel véhicule des signes de personnalité. une poigne
amorphe ou qui se défile se voit rapidement associée à un caractère mou, à de la timidité ou à de l'hypocrisie. A l'inverse, trop d'intensité peut donner l'impression d'une arrogance ou d'une autorité mal placée. Il s'agit donc de privilégier une poigne de main à la fois vigoureuse et maîtrisée.
Concernant l'occupation de l'espace, il faut veiller à ne pas repousser le recruteur trop à l'extérieur de son cercle intime, par exemple avec un bras complètement déployé et rigide. Cela pourrait indiquer une forme de fermeture et instaurer un climat de méfiance. De même, il importe de ne pas trop l'attirer vers soi, ce qui est parfois perçu comme de la familiarité déplacée ou de la mesquinerie. Il est également recommandé de ne pas diriger sa paume vers le bas, ce qui traduirait une personnalité dominatrice.

En terme de durée, la poignée de main fuyante est prescrite, au risque de paraître méfiant. A l'inverse, tenir trop longtemps la main de son vis-à-vis peut indiquer un comportement par trop possessif. La difficulté consiste encore une fois à trouver le juste milieu.
Enfin, en serrant la main du recruteur, il est indispensable de le regarder dans les yeux.
La position qu'adopte le candidat sur sa chaise est particulièrement porteuse de sens. en découlent diverses règles implicites qui infèrent sur l'évaluation du recruteur. Selon les dires de nombreux experts en comportement, se tenir assis sur le rebord du siège indique une personnalité complexée, alors que les épaules voûtées sont associées à un manque d'ascendant sur ses responsabilités. Il est donc conseillé de s'appuyer sur le dossier de la chaise et de tenir la tête droite dans un angle de 90 degrés, le tout en veillant à donner de la tonicité à son buste. Le projeter vers l'avant suggère par exemple la volonté de capter l'attention.
Dans une situation anxiogène, les bras peuvent s'avérer encombrants. tous les spécialistes s'accordent à dire qu'il faut se garder de les croiser sur son torse. Si cette posture donne une impression de confort ou d'assurance au candidat, sa portée demeure résolument négative. Cela tend à être interprété par les recruteurs comme une marque de fermeture et de défense. Il en va de même pour les poings tenus serrés. pour exprimer son ouverture, il est au contraire conseillé de poser ses bras de manière décontractée sur les genoux, sur les accoudoirs ou sur la table. Soutenir son discours par des gestes de la main témoigne par ailleurs de l'enthousiasme du candidat. Dans ce cas, attention à ne pas tomber dans la théâtralité. Ceux qui ne parviennent pas à maîtriser leurs bras peuvent utiliser un stylo ou une carte de visite comme support, sans toutefois agacer l'interlocuteur en jouant trop avec l'objet. enfin, inutile de préciser que les mains plongées dans les poches sont littéralement proscrites.
Bien que les jambes du candidat n'apparaissent pas forcément dans le champ de vision du recruteur, il ne faut pas les négliger. Certaines postures portent particulièrement à interprétation: les remuer sans cesse peut alerter l'interlocuteur sur l'état de nervosité ou d'agacement du candidat; les jambes croisées trahissent une attitude négative ou défensive; les pieds maintenus en retrait sous la chaise, campés sur les pointes, dénotent un sentiment d'infériorité. Il est donc préférable de tenir ses jambes décroisées et les deux pieds au sol.
Véritable miroir des sentiments, le regard doit être présent durant la totalité de l'entretien. S'il se défile ou qu'il flotte dans le vide, cela traduit généralement un manque de confiance et pourrait même faire douter le recruteur de la véracité des propos tenus. Des yeux perpétuellement orientés vers le bas témoignent quant à eux d'un état de soumission. une position haute indique en revanche une phase de réflexion.
Il est capital de regarder le recruteur en face. Cela ne signifie pas de le fixer sans relâche, ce qui pourrait finir par l'indisposer. tout l'art consiste à appuyer ses dires à travers un échange habile de regards. Il s'agit d'imprimer un rythme avec le message verbal en accentuant certains mots par le contact visuel.
La communication non verbale demeure un terrain d'analyse complexe. Si les nombreuses études en la matière permettent de dégager des pistes d'interprétation, il faut toujours considérer la situation dans son contexte et en fonction des acteurs. L'impact du langage du corps n'est pas homogène et il serait préjudiciable que le candidat cherche à tout contrôler.