Plus que quelques jours avant le départ

 

Le départ approche… Il me reste quelques jours pour préparer un séjour de deux mois et demi. Même si c’est la troisième fois que je pars au Togo, je stresse toujours autant. Je ne veux rien oublier : les médicaments contre le paludisme, tous les dons que j’ai amassé dans ma chambre, les produits d’hygiène nécessaire à deux mois et demi de douches, des spécialités haut-savoyardes enguise de cadeaux, et tout le matériel de l’infirmière. La principale difficulté consiste à faire rentrer tout cela dans deux valises de 23 kilos. 

 

J’ai hâte d’arriver dans ce petit village de brousse nommé Lovisa Kopé, que j’appelle « mon petit paradis ». Dans ce village d’Afrique Noire, vit un reine blanche qui dédie son temps à aider les autres. C’est elle qui m’accueille dans son « palais royal » pour la troisième fois. Cette appellation n’est qu’ironie, car même si la maison est belle et spacieuse, son luxe n’a rien de royal. On pourrait imaginer une reine se laver dans une baignoire en or, mais la reine Mawulolo Ier préfère l’eau de pluie et une écuelle. Il n’y a pas d’électricité mais un groupe électrogène qui fonctionne une heure par jour. Mais heureusement, il y a internet, ce qui me permettra de vous écrire régulièrement. 

 

L’année dernière, j’ai écrit mes aventures par mail à mes proches. Plus le séjour avançait et plus la liste des destinataires s’allongeait. Finalement, trois de mes proches ont eu envie de voir « mon petit paradis » de leur propres yeux. J’aurai donc la visite de mon petit ami, ma maman et ma tante entre mai et juin.

 

Je vais effectuer un stage infirmier là bas. Dans le village de Lovisa Kopé, la reine a construit une case de santé. Un infirmier est logé à proximité de la case de santé et y travaille. Il y a peu de visites mais je suis tout près, je remplace l’infirmier lorsqu’il n’est pas là. Je travaille plus souvent avec le dispensaire d’Amoussoukopé, à quelques kilomètres de Lovisa Kopé. Un dispensaire c’est un peu plus grand qu’une case de santé. Il y a un assistant d’hygiène responsable de la prévention, un infirmier, une pharmacienne et une accoucheuse. Comme il n’y a pas de médecin sur les sites reculés, ce sont les infirmiers qui diagnostiquent et qui prescrivent. J’ai déjà eu l’occasion de travailler avec Pauline, une accoucheuse, qui m’a appris beaucoup. Notamment, j’ai pu faire des accouchements « simples » avec elle. Je me rends au dispensaire le matin, parfois avec un sandwich, les jours de grandes affluences, afin de pouvoir consulté tout le monde. Je m’y rends aussi la nuit, lorsque Pauline m’appelle. 

 

Cette année, j’ai plusieurs projets : 

 

  •  Faire un film autour du choc culturel. J’ai envie de faire découvrir « mon petit paradis » au plus grand nombre. J’ai envie de partager mon histoire avec le Togo. J’ai donc acheté un caméscope de meilleure qualité que celui que j’avais, j’ai écrit un scénario, fait des essais et observer des films qui pourraient m’aider. Je compte sur mon petit ami, ma maman et ma tante pour m’aider à identifier les éléments principaux du choc culturel. 

 

  •  Faire de la prévention. En effet, j’ai découvert lors de mon dernier séjour que le taux d’avortement est élevé. Comme c’est interdit au Togo, les femmes prennent des médicaments achetés sur le marché qui provoquent non seulement l’expulsion du fœtus, mais aussi une hémorragie basse. Les femmes arrivent au dispensaire dans un sale état, malheureusement. Aussi, j’ai appris qu’à Lovisa Kopé, des enfants sont positifs à l’hépatite B. Mon rôle est donc de prévenir les infections sexuellement transmissibles et les grossesses non désirées. Pour que je puisse adapter mon discours, Caritas Genève m’a généreusement offert des livres spécialement conçus pour l’Afrique. Ils m’ont aussi donné l’idée de faire une pièce de théâtre avec les enfants de Lovisa Kopé autour de ces thèmes.

 

  • Faire un blog. Depuis l’année dernière, j’avais décidé de faire un blog plutôt que des mails, trop contraignants. Cela me permettra d’échanger avec mes camarades de volée qui partent ailleurs ou restent ici. Les personnes qui ont fait des dons pour Lovisa Kopé pourront voir le lieu de destination. Et toutes les personnes intéressées par mon histoire pourront en lire d’avantage.

 

Pour finir, j’aimerais vous raconter une histoire qui m’est arrivée l’année dernière pour vous mettre d’ores et déjà dans l’ambiance. Vous n'êtes pas obligé d'y croire moi même, je ne suis pas sure d'y croire :

 

Il était une fois, une reine blanche en Afrique noire qui souffrait le martyre depuis 5 jours. Chaque jour, la douleur se déplaçait. Certes, elle souffrait d'une maladie incurable qui pouvait provoquer de telles douleurs, mais rien n'y faisait cette fois ci. Malgré les nombreux massages, les différents traitements et le repos les douleurs ne cessaient pas. Un matin, la princesse (ben oui, c'est moi!) était allée faire une prière au barbu d'en haut pour qu'il accompagne la reine vers la guérison et qu'il la libère de ses souffrances. Mais quand elle revint au château, la reine avait disparu avec son carrosse. Elle était sans doute allée acheter quelques poulets, pensa la princesse. Que nenni, le barbu l'avait guidé. En se réveillant ce matin là, la reine avait ressenti le besoin de faire appel à un féticheur. Peu importe ce qu'il ferait, ça ne pouvait être pire, se disait la reine. Le guérisseur vaudou sans jambe lui dit alors qu'on lui a jeté un sort, et il décrit: lors d'une fête à la cour, les chefs traditionnels des villages entourant le royaume n'avait pu manger à la table de la reine. En effet, ils avaient fait part de leur mécontentement à la reine il y a une semaine. Le guérisseur expliqua que la reine avait du verre en elle. Le guérisseur incisa, fit sortir 4 morceaux de verre aux différents endroits où la reine ressentait la douleur (sans qu'elle n'ai dit où elle avait mal) et l'incision se referma. Un à un les morceaux de verres sortaient sous les yeux de la garde royal effarées! Toute l'après midi, la reine resta pensive, raconta son histoire aux quelques blancs présents qui n'en revenaient pas et regrettaient de n'avoir pu assister à ce spectacle. La journée passa.

Le soir, un homme arriva au château. Il avait appris que la reine était malade, et il avait fait le rapprochement. Le rêve qu'il avait fait la nuit dernière n'était pas survenu par hasard. Dans son rêve, il se faisait tiré dessus à différents endroits du corps. Il décrit la hanche gauche, la nuque et la main droite. Les parties du corps qui faisaient souffrir la reine. Il appliqua une plante sur la peau de la reine en lui assurant que, demain, le mal sera parti. Tout cela ne couta aucune pièce d'or à la reine blanche...

 

J’ai fait connaissance avec le vaudou. Ce qui m'a fait traverser différentes sensations: la peur, la curiosité et la fascination. Une expérience très intéressante.

 

Souvenirs d'Afrique

 

Le guérisseur

 

Case de santé