The End

On se croirait à la fin d’un film. Ce moment où les spectateurs serrés dans une salle obscure cherchent désespérément à faire durer le plaisir, ou au contraire se réjouissent d’arriver au terme d’un navet ou d’un drôle de nanar. Quand l’écran se noirci, pour laisser apparaître graduellement ou subitement le mot Fin. Des larmes, des éclats de rire, des déceptions ou de l’indifférence ; les réactions diffèrent selon le genre. Certains sautent de leur confortable fauteuil pour rejoindre en vitesse la voiture garée à quelques pas, et changer de décor pour le reste de la soirée. D’autres, plus paisibles ou passionnés, restent moulé dans leur siège et prennent plaisir à écouter la musique de fin, espérant de tout cœur voir une scène post-générique laissée sur la pellicule par un réalisateur généreux.

Pour ceux-ci, la lumière qui se rallume en fin de projection agit en rabat-joie, et leur ramène les pieds sur terre. L’écran n’est plus qu’un drap blanc inerte, vidé de son illusion. On est pas pressé de quitter le cinéma. Les employés commencent à nettoyer le barda laissé par les impatients déjà loin, et forcent les rescapés à déguerpir. Une fois dehors, les spectateurs croisent les regards des passants, qui n’ont aucune idée des émotions par lesquelles ils viennent de passer. Dommage, parce qu’ils ont tellement envie de les partager.

Je suis de retour. Et toi, qui t’apprêtes peut-être à partir vers l’un des quatre coins du monde, ne néglige surtout pas cette partie du voyage ! Comme dans un film, la fin influence beaucoup l’opinion que tu gardes de toute la projection. Moult soirées d’adieu et derniers trajets par-ci par-là, la fin de mon histoire se termine bien, très bien même ! En route pour la Suisse, j’enfile mes chaussures et mon sac, on est parti ! Rentrer en train avec les poteaux m’a permis de ressentir toutes les émotions en douceurs. J’ai agi comme un de ces spectateurs passionnés.

Concernant l’université, c’est encore un peu l’inconnu. Mes résultats seront transmis automatiquement à ma faculté, et j’attends de recevoir mon Bachelor. Rien de bien compliqué à faire en rentrant.

Si je peux te donner un ultime conseil, c’est de garder un journal relatant tes aventures. Pas besoin d’écrire tous les jours, car ta mémoire ne demande qu’à être entraînée, mais ça permet de pratiquer l’écriture dans la langue du pays, et de se tordre de rire lorsqu’on lit des billets vieux de plusieurs mois !

Voilà, il est temps pour moi de mettre un point final à mon film, à mon « Auberge Espagnole ». J’avoue ne rien avoir préparé de spécial pour l’occasion. Je croyais en avoir fini avec les adieux. En fait, il m’en restait un : toi.