Article provisoire

Moins d’un mois avant de réintégrer la routine helvétique, je me rends compte d’un tas de choses. Parmi toutes ces révélations, il en est une qui me tourmente particulièrement : tout, ou presque, est provisoire. Rien de bien nouveau, je te l’accorde ; mais s’en rendre compte par soi-même, sans faire usage de citations ou textes spirituels pour donner l’impulsion didactique, ça a bien plus d’impact !

Il y a maintenant neuf mois que je dors dans des draps rapportés d’un des commerces bons marchés du coin ; neuf mois que j’orne ma chambre de babioles illustrant diverses excursions calédoniennes ; neuf mois que j’ai ouvert mon valeureux compte en banque britannique ; neuf mois que j’utilise les mêmes couverts pour des repas cuisinés avec des aliments auxquels je suis habitués… depuis neuf mois. Evidemment, il faut bien se rendre compte un moment donné qu’Harry Potter et ses tours de magie n’existent pas, et qu’une valise, ben c’est pas un puit sans fond. Toutes ces bricoles, je n’y suis pas forcément très attaché, et je n’aurai pas trop de mal à les laisser derrière moi, mais ce genre de détails poussent à la réflexion, et projettent cette fixation sur des éléments auxquels on tient plus.

 

Tout, vraiment tout?

Tout est provisoire. On nous l’a déjà dit. Quelle sombre pensée. Non pas que le changement soit mauvais, mais je refuse d’accepter que les amis, les souvenirs et toutes les autres richesses apportées par ce séjour soient temporaires, et je ferai tout pour qu’ils ne le soient pas. Dimanche, je m’en vais prendre le repas chez une famille écossaise, que j’ai rencontrée grâce à une association, qui cherche à mettre en contact des étudiants internationaux avec des gens du coin. Leur boulot consiste donc, en quelque sorte, à perdurer les relations entre Dundee et le monde entier, et à échanger traditions et habitudes entre convives. Pas grand-chose n’est éphémère là-dedans, et ça me rassure.

Bon, d’accord, ce raisonnement est peut-être une façon de cacher le fait que, malgré tous les efforts du monde pour immortaliser ce que je vis ici, de nombreuses choses vont inévitablement s’arrêter mi-juin. Je crois que je ferais mieux de laisser la nostalgie de côté encore un moment, et de profiter des trois semaines qui me restent auprès des cornemuses, de préparer mes affaires sagement, et de vivre pleinement les derniers rendez-vous avec les compères passagers de ce voyage !