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samedi 25 mai 2013
 
 

Opération séduction


J'ai ouï dire que Londres n'était pas une ville romantique. Qu'elle était plutôt grise et monotone, qu'on y venait entre amis faire la tournée des pubs et dévaler Oxford Street en long et en large. Qu'elle était le résultat d'un empire déchu, autrefois appelé "empire sur lequel le soleil ne se couche jamais" mais rebaptisé depuis lors «empire ou le soleil ne se lève jamais». Ville capitaliste où l'on consomme tout en se consumant. Certes, Londres n'a pas les gondoles de Venise, ni les Bateaux Mouches de Paris, il a toutefois une Tamise un peu sale que l'on peut admirer depuis un pont trop agité. Londres n'a pas les petits cafés cosy de Rome, Lisbonne ou Madrid mais une succession de chaînes américaino-europeanisées. Le «Prêt à Manger» (à prononcer Prayte a Manjey) qui se veut français mais vend des sandwichs breakfast bacon-eggs-sausages, «Eat» qui ressemble au Prayte a Manjey sauf qu'il s'appelle «mange». La liste est longue et je vous épargne les fameux Starbucks, Caffè Nero, Costa qui se revendiquent italiano avec des fautes d'orthographe dans la dénomination des cafés et beaucoup trop de sirop caramel dessus. Si toutefois vous vous y rendez, essayez le super skimmed-milk-macchiato-hazelnut-caramel-double-cream, un oxymore à lui seul.

Londres n'a pas les tramway de Lisbonne, ni les vélos d'Amsterdam, elle a revanche cinq aéroports, onze lignes de Tube et quelques jolis taxis retro. Londres n'a pas vraiment de style; ressembler à un anglais signifie trop souvent ne ressembler à rien, autrement dit mélanger training gris, chaussures de course et manteaux burberry. Londres boit beaucoup trop d'alcool, je ne parle pas de Bordeaux 1965 mais de bière, whisky et autre pim's. Promenez-vous à Piccadilly Circus un vendredi soir et vous vous apercevrez vite qu'il y a plus d'alcool que de sang dans les veines des passants. Peut-être est-ce la faute aux Pubs pullulant à chaque corner? Nous sommes bien loin des petites tables truffées de bougies ou l'on déguste un vin rouge délicat et parfumé. Ici l'habitude est d'avantage à la pinte (ou cinq ou six).

Vous l'aurez compris, je vous rejoins sur ce point; Londres n'est pas particulièrement romantique. Londres n'est pas la ville idéale ou je souhaiterai être emmenée en Lune de Miel. Cependant, ma digression sur le non-charme de Londres n'est pas sans but précis. Londres n'est peut-être pas la plus séduisante sur les cartes postales mais elle nargue ses copines avec tout ce qu'elle a qui en fait simplement la capitale du monde. Ce qui fait que Londres est Londres, c'est son identité multiple, plurielle. Une richesse bâtie sur des cultures variées qui se mélangent, se brassent, s'allient sans pourtant se perdre.

Il n'est pas anodin d'en venir à ce sujet aujourd'hui, la crise des identités est au centre des débats, du philosophique au politique. Pourquoi Londres a su accepter toutes les cultures sans criser l'adolescent en perte d'identité? Londres compte des diplomates dénommés Mohammed, des banquiers de couleur de peau noir, des policiers Sikhs. Un melting pot encore rare dans beaucoup de capitales européennes; ta religion, ton ethnie, ta couleur ou l'origine de ton nom - passez moi l'expression - mais ici tout le monde s'en fout. Quand en Suisse on vote contre les minarets ou pour le renvoi des étrangers criminels, Outre-Manche on est anglais et musulman sans que cela ne sonne faux. Les videurs de boîte ne sont pas tous africains et le personnel d'entretien de l'université portugais. C'est peut-être aussi pour ca que je suis venue à Londres!

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