Il règne comme un air d’exotisme dans le parc Bertrand de Genève. Le visiteur est, en effet, invité à marcher sur les pas d’anciens explorateurs, à l’occasion d’une exposition projetant des clichés des quatre coins du globe, qui datent du XIXe siècle. Ancêtres des cartes postales, les photographies étaient vendues aux touristes de l’époque. 55 tableaux en noir et blanc bordent le parcours de la promenade.
«L’essentiel des images exposées appartient à la collection Alfred Bertrand (1856-1924), l’ancien propriétaire du parc, qui les acheta à l’occasion de ses deux tours du monde. En 1940, sa veuve légua ses 1’720 photographies au Musée d’ethnographie de Genève (MEG)», informe le site internet de l’Université de Genève (Unige). L’exposition est le fruit de la collaboration entre le MEG et le Département de géographie de l’Unige.
En reflétant l’esprit de l’époque coloniale, les images projetées ne sont pas dénuées de stéréotypes sur le monde exotique. Ainsi, le sauvage est bien souvent représenté nu, symbole de son animalité ou innocence. Selon Jean-François Staszak, Professeur au département de géographie à Genève, «ces photographies, figurant des scènes typiques ou pittoresques, étaient vendues par des studios professionnels aux voyageurs. Elles sont apparues avec le début du tourisme international, vers 1860, et elles ont été supplantées par l’avènement de la carte postale, autour de 1890. Cependant, malgré leur brève existence, elles ont eu une très grande importance dans la construction de la culture visuelle occidentale». En montrant des images très stigmatisantes qui peuvent aujourd’hui choquer, l’exposition vise à susciter un questionnement sur nos propres stéréotypes. «Il existe une continuité entre l’imaginaire géographique véhiculé par ces clichés et la façon dont nous voyons le monde aujourd’hui. L’industrie du tourisme, par exemple, utilise les mêmes lieux, les mêmes valeurs et les mêmes compositions qu’à l’époque», conclut Jean-François Staszak.
L’exposition est à voir jusqu’au 30 septembre 2013.