Le business du savoir

Dans le pays du make money, tout est un business, à commencer par les études.

Aux États-Unis, le gouvernement fédéral n'a que très peu de prise sur l'enseignement. Celui-ci est géré indépendamment par chaque état, qui consacre un certain pourcentage de son budget à l'éducation. Ce financement est différent dans chaque partie du pays et le niveau d'enseignement dans les écoles n'est donc pas homogène. De plus aucun plan d'étude n'est fixé à l'échelle nationale voire étatique, rendant le cursus suivit dans les écoles et lycées publics radicalement hétérogène; ceci sans parler des établissements privés qui n'ont aucune restriction et ne sont pas nécessairement laïcs. Il n'y a donc pas d'enseignement uniforme quel qu’il soit, ce qui se ressent par un classement assez prononcé entre collèges et écoles.

À l’instar des mes colocataires, les étudiants des universités peuvent avoir des connaissances et parcours très variés. L'une d'entre elles vient en effet d'une bonne école publique du New Jersey, à Princeton, alors que l'autre était dans une école privée spécialisée en sciences, ses parents l'ayant financée.

Imaginons donc une famille type, payant l'écolage de son enfant dans un lycée privé correct pour environ vingt-cinq milles dollars par ans. Les écoles privées sont plus chères que les écoles publiques, mais généralement mieux réputées. Par ailleurs, il est important de souligner que certaines écoles publiques demandent tout de même une participation financière. Une bonne école privée à New York peut coûter jusque dans les quarante milles dollars sans logement.

À la fin de la scolarité de leur enfant, les parents auront donc versé au minimum cent milles dollars pour les quatre années de lycée, auquel peuvent s'ajouter des frais dus aux écoles primaire et secondaire si celles-ci n'étaient pas publiques. Ce prix n'inclut pas encore l'enseignement supérieur.

Les universités forment un véritable business !

Chaque état possède deux universités publiques : une "université de ...", généralement plus prestigieuse que la seconde, "l'université d'état de ...". Cet ordre est valable dans la plupart des cas. Mais les universités qui ont rendu célèbres les campus américains sont majoritairement privées. Harvard, la plus vieille, fondée en 1636, en est une, tout comme le sont Carnegie Mellon ou John Hopkins, à Baltimore. Les frais d'études dans ces universités sont faramineux !

Reprenons notre famille-type. Mettons que leur enfant éprouve le désir de faire de l'informatique, et que - comme par hasard - cette famille habite non loin de la troisième université au classement mondial dans le domaine, à savoir cette chère Carnegie Mellon University. Les frais d'écolage annuels pour les undergraduates logement non inclus s'élèvent à quarante-huit milles dollars. Par ailleurs, sauf dérogation particulière - exemple : la famille habite dans la ville -, les freshmen sont forcés d'habiter sur le campus histoire de se socialiser. Dans les bâtiments de l'université une chambre à deux lits coûte dans les sept cents dollars par mois et par personne. Extravaguant, quand on sait que sur la cinquième avenue l'on peut trouver des collocations correctes avec des chambres spacieuses pour pas plus de six cents dollars le mois. Une fois le Bachelor de leur enfant dans sa poche, les parents auront donc déboursé un minimum d'environ trois cents milles dollars de frais de scolarité, un degré universitaire s'étendant ici sur quatre années !

Ceci sans parler d'un éventuel Master... Par exemple, une de mes colocataires va devoir emprunter pour terminer ses études de médecine, et estime qu'elle sera en dette d'environ trois cents milles dollars une fois son cursus terminé.

Un campus typique?


Campus de CMU, vue du Cut

Grand, étendu, entouré de parcs, un campus à l'américaine influence tout le quartier. Prenons donc Carnegie Mellon en example : il suffit de sortir un tant soit peu de l'université pour tomber sur les baraquements des fraternités et sororités, où vivent la plupart de leurs membres, dans des dortoirs plus ou moins foutoirs. La présence de ces organisations est étendue; environ trente pour cent des étudiants sont membres d'une d'entre elles, de ce que j'ai pu entendre. De plus, beaucoup de ces fraternités ne se limitent pas à un seul campus mais sont présentes à l'échelle nationale, ce qui en fait un remarquable atout relationnel.

Mais revenons à notre description. Les quartiers entourant sont tous bourrés d'étudiants; la nuit les fêtards croisent un grand nombre de voitures de police, omniprésentes dans les environs.

Infrastructure ? Le centre de fitness est sous l'University Center, juste à côté des salles de réunion et des cafétérias - terme quelque peu mal placé pour qualifier ces fast-foods bon marché. On peut manger avec vue sur la piscine et les vélos d'intérieur. Les salles de sport et les bassins sont accessibles gratuitement.

Par ailleurs, il est aisé de remarquer que l'université est très bien intégrée à la ville. Les bus sont gratuits sous présentation de la carte d'étudiant, tout comme certains musées. Toutes les offres culturelles possèdent des tarifs avantageux, du cinéma au théâtre en passant par du kayak sur les rivières et des sauts en parapente. Il y a également bon nombre d'associations à l'interne, à l'image des clubs d'excursion et d'aviron.

Et les offres de travail ?

D'un autre côté, comme Carnegie Mellon est passablement réputée, la présence d'entreprises sur la campus est forte. Il est plutôt facile de trouver un stage ou un premier travail dans une des grandes boîtes d'informatique tel Google, Facebook ou IBM, qui recrutent à tour de bras. Lors du dernier Job Fair organisé, les sociétés d'informatique représentaient la moitié des entreprises présentes. Pour avoir assisté à une présentation destinée aux étudiants étrangers désireux de trouver du travail en Amérique, j'ai également pu constater que les premiers salaires étaient fort acceptables !

J'ai dernièrement lu un article, concernant un français travaillant dans le domaine, devenu directeur d'une filiale d'IBM concernant le "big Data", basée à Pittsburgh : Jérôme Pesenti. Après des études de mathématiques en France, il est venu s'installer non loin du campus de Carnegie Mellon et il y a fondé, en collaboration avec un professeur, Vivisimo, une compagnie spécialisée dans la gestion de gros volumes de données. IBM l'a rachetée et estime aujourd'hui que la progression de Vivisimo va vers un chiffre d'affaire de dix-huit milliards de dollars d'ici 2015.

Qu'ils soient suisses ou français, nombreux sont les jeunes diplômés qui cherchent un travail de ce côté de l'atlantique. L’innovation et le financement des start-ups semblent en effet faciles dans le système du make money américain.