spacer spacer spacer
spacer
spacer
sondage express

Faut-il limiter l'accès aux études?

OUIPAS TOUTESNON 
nombre de votes: 290
Tous les sondages
spacer
spacer spacer spacer
 
spacer
 
spacer spacer spacer
 
jeudi 23 mai 2013
 
 

Jour 1


19 septembre 2011.

C'était il y a un peu plus de quatre mois maintenant, mais quand on veut raconter une histoire vaut mieux commencer par le commencement. Et question commencement, le moins que l'on puisse dire c'est que j'ai été servi !

En même temps, faut s'imaginer. Cas d'étude : Bibi,  21 ans, boulet notoire, souffrant de graves carences en fibre organisationnelle,  n'a jamais quitté le confort des repas tout faits chez papa/maman pour plus de quelques semaines de vacances. Et là, paf. Catapulté dans la direction approximative de la Freie Universität Berlin, un Stempel Erasmus (version 1 an) en poche. De là à diagnostiquer une situation à fort potentiel catastrophique, il n'y a qu'un pas qu'il est aisé de franchir quand on me connaît un peu.

Jour J, Heure H, Coup de Flip CdF. Après le check-in (aka ma vie en 20kg; épreuve plus ou moins épineuse selon le sexe du sujet), la traditionnelle offrande de la bouteille de plus de 100ml au dieu des voyageurs distraits, les autres formalités d'usage dans un aéroport et après que le dernier visage familier a disparu au coin d'un couloir, je me retrouve à me demander ce que je fais un 19 septembre ensoleillé entre ce hublot et cette vieille dame, et ce qui m'a pris de déposer ma candidature quelques mois plus tôt. D'un coup, toutes les merveilles d'Erasmus, que je vantais consciencieusement depuis que je m'étais mis l'idée dans la tête, semblent être devenues extrêmement floues. Les nouvelles rencontres, l'expérience enrichissante, la culture, l'histoire, la langue, l'autonomie, le voyage, le dépaysement ? Désolé, ils sont malades, mais voici leur remplaçante : Dame Boule-au-Ventre.

Enfin ça, c'est deux minutes sur quatre. Les deux autres sont monopolisées de manière tout aussi absolue par une excitation euphorique qui n'arrange rien à l'état de mon estomac : mon état est proche de celui dans lequel j'aurais été si à 6 ans, la veille de Noël après avoir bu trois energy drinks.

Une quarantaine de revirements bipolaires plus tard, mes premiers pas en territoire berlinois me confrontent à deux constats qui me remettent les pieds sur terre (au sens figuré; mon avion s'est déjà chargé du reste) : tout d'abord, si mon accent vaudois se fait discret en français, il semblerait que sa timidité n'ait pas cours dans la langue de Goethe, et je me retrouve donc malgré moi à m'exprimer avec des intonations à réveiller la fibre patriotique du plus apathique des expatriés.

Second constat, le papier contenant l'adresse de l'auberge de jeunesse repérée la veille sur internet semble avoir pris la tangente. Il est donc temps de recourir au laptop et de se connecter au wi-fi de l'aéroport...qui ne propose aucun accès, même limité, à moins de dégainer la carte de crédit. Bon. Heureusement pour moi j'ai un certain sens de l'improvisation, qui pallie aux situations d'urgence généralement provoquées par mon manque d'organisation chronique. Je me souviens vaguement que l'auberge se situe dans Neukölln, l'un des quartiers de Berlin (pour la petite histoire, la ville est découpée de manière assez précise en quartiers, un peu à la manière des arrondissements parisiens, sauf qu'ils sont affublés d'un nom et non d'un numéro). N'ayant qu'une idée approximative de la géographie de la ville, j'étudie la carte de métro dans l'espoir de trouver un indice quelconque. Je finis, après intense réflexion, par opérer un choix stratégique et jette mon dévolu sur la station ''Neukölln'' (parfois moi-même je m'impressionne).

Je quitte donc le terminal, et après les dix bonnes minutes nécessaires à percer le mystère du distributeur de billets, je m'engage enfin dans la rame supposée me conduire à destination. Et là, les nombreuses heures passées en cours d'allemand depuis mon enfance, à écouter les multiples cassettes sur les vies passionnantes d'Anna-Lena, Peter et consorts semblent enfin trouver leur raison d'être : la compréhension des annonces au haut-parleur mobilise la totalité de mes ressources en compréhension orale, épreuve indispensable pour ne pas rater le but ultime de mon voyage. Enfin que je croyais indispensable plutôt, puisque je constate en sortant du métro avec une pointe de fierté vite étouffée que chaque wagon est équipé de panneaux indiquant en temps réel les trois prochaines stations du parcours.

Ne laissant pas cette petite erreur de mesure me perturber, je me mets donc en quête d'un cyber-café qui ne sera heureusement pas long à pointer le bout de son nez. Une nouvelle occasion se présente d'affiner un peu mon vocabulaire : le terme wi-fi ne semble pas permettre de se faire comprendre en Allemagne. W-Lan (prononcer ''vélanne'') est à préférer si on ne veut pas insister lourdement sur ses lacunes en terminologie ''technique''. L'être humain a par chance été doté de deux mains et d'un cerveau, dont l'heureuse combinaison a permis la découverte du langage des signes, en ce qui me concerne de sa version improvisée. Après avoir donc commandé un café (en allemand) et le code du wi-...du W-Lan (en mains), je  me mets donc en quête de la destination de mon pélerinage. Et là, j'adresse une prière de remerciement au dieu des improvisateurs : Mon auberge se situe sur la Karl-Marx Straße, qui se trouve être précisément la rue sur laquelle je me trouve. Pas peu fier de moi, je me lance dans la rue après avoir laissé un généreux pourboire au serveur (je ne sais pas comment on dit « Gardez la monnaie, mon brave » en allemand, alors je fais un sourire stupide à la place).

Le trajet subséquent est pour moi l'occasion d'apprendre l'une des leçons les plus fondamentales sur Berlin : c'est GRAND, et malheureusement pas seulement aux yeux du petit provincial que je suis. Une des plus grandes villes d'Europe question superficie, en fait. Et ce qui semblait une joyeuse petite balade sur la carte a tôt fait de se transformer en épopée épique d'une durée quatre fois supérieure. J'ai vu personnellement par la suite de véritables vétérans des plus grandes capitales du continent se faire avoir comme des débutants. Mais bon, aussi incroyable que ça puisse paraître,  j'arrive finalement à destination, au fond d'une cour intérieure encombrée d'un tas de vélos, d'une table, de quelques chaises et... d'un vieux camion de pompier, qui se révélera être l'une des chambres de l'auberge. Pour moi ce sera cependant dortoir, avec 7 autres gusses. La pièce est vide à mon arrivée, mais les territoires sont soigneusement marqués à grand renfort de linges et autres chaussettes usagées. Je prends possession de ce qui sera mon chez-moi pour une durée indéterminée, et décide de m'accorder un moment de repos.

La faim ne tardera cependant pas à me tirer de mon lit, et je me mets donc en quête d'un quelconque casse-croûte. La chasse n'est pas longue et je dévalise bientôt un kebab dont les prix ridiculisent les rêves les plus fous du Suisse que je suis, profitant de l'occasion pour apprendre à dire ''sachet'' en allemand. Faire un sort à mon butin dans la cuisine commune de l'auberge me permet de faire connaissance avec quelques uns des pensionnaires, et il m'apparaît bientôt que je ne suis pas le seul dans le coin en quête d'un endroit où vivre. J'entends même par ci par là que la recherche ne serait pas aussi facile que je l'avais supposé jusque là. Mais la viande et la sauce à l'ail ont raison du peu d'énergie qu'il me reste, et je ne tarde donc pas à regagner mes quartiers pour m'effondrer comme une pierre sur mon lit.

20 septembre 2011.

J'ouvre les yeux sur l'un de mes compagnons de chambrée, endormi en costume d'Adam, dans une position qui lui garantira certainement un méchant torticolis et un joli motif de boucle de ceinture sur la joue droite pour une bonne partie de la journée. Les auberges de jeunesse n'ont décidément rien perdu de leur(s) charme(s).

réagis à cet article

Pour poster un commentaire il est nécessaire de s'identifier
login


spacer spacer
 
spacer
partager:
spacer
   
spacer spacer spacer
   
 
spacer spacer spacer