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Jean-Dominique Vassalli: Une vocation internationale

La rubrique 360° brosse chaque mois le portrait d'une haute école

Fleuron de la cité de Calvin, deuxième plus grande haute école de Suisse, l'Université de Genève (UNIGE) jouit d'un rayonnement international privilégié et cultive son ouverture au monde. Bilan de santé avec Jean-Dominique Vassalli, recteur de l'institution.

L'Université de Genève (UNIGE) a célébré quatre siècles et demi d'existence. Comment se porte-t-elle?
Elle se porte bien. Comme pour toute institution de ce genre, on ne peut toutefois jamais s'en satisfaire totalement. Nous sommes constamment dans une sorte de déséquilibre qu'implique toute tension vers le futur. L'Université doit toujours être à la pointe de l'actualité et parfois même un peu en avant. Il importe d'avoir continuellement l'oeil ouvert et d'adopter une attitude prospective.

Le nombre d'étudiants croît de manière significative depuis 3 ans. Proche de 20% sur cette période, le taux de croissance de l'UNIGE est plus élevé que celui des autres universités.

Cette augmentation reflète la qualité de l'enseignement et apporte également son lot de préoccupations, puisqu'il faut être à la hauteur des attentes des étudiants en termes d'infrastructures et d'encadrement.

La situation actuelle permet donc de faire preuve d'optimisme, mais point d'autosatisfaction.

Parlez-nous des principales nouveautés qui marquent l'actualité de votre campus...
L'ouverture formelle de l'Institut universitaire de formation des enseignants (IUFE) constitue la nouveauté de 2010. Un bâtiment a été construit à cet effet et des enseignants ont été engagés. Avec déjà 500 étudiants inscrits, la phase de démarrage laisse augurer un bel avenir. Fruit d'une collaboration entre plusieurs facultés, cette structure se révélera très intéressante du point de vue pédagogique et académique.

S'il nécessite encore des ajustements, l'IUFE s'inscrit dans la lignée de ce qui se fait dans les autres pays européens en matière de formation des enseignants.

La réorganisation des bibliothèques de l'Université représente elle aussi une innovation dont les effets vont se déployer progressivement. Jusque-là extrêmement éclatées, les différentes structures occasionnaient des coûts élevés et de nombreux inconvénients pratiques. Désormais, l'UNIGE propose aux usagers une bibliothèque répartie sur 5 sites principaux. Grâce à cette centralisation, les étudiants et les chercheurs disposeront d'un cadre de travail beaucoup plus agréable et efficace.

Au chapitre des actualités marquantes, je ne résiste pas à l'envie de mentionner la distinction de notre collègue Stanislas Smirnov, lequel s'est vu décerner la Médaille Fields, qui équivaut au prix Nobel en mathématiques. Cette récompense reflète la qualité de la section de mathématiques de notre faculté des sciences.

De nouveaux projets prometteurs se déploient dans chaque faculté, ou dans le contexte de collaborations interfacultaires. Pour n'en citer qu'un, prenons l'exemple de la Maison de l'histoire qui résulte d'une mise en synergie d'historiens de toutes les facultés. Dans le domaine de la francophonie, l'UNIGE est l'un des endroits qui en compte le plus. Grâce à cette structure dynamique, ils peuvent désormais envisager des projets de recherche communs, donc renforcés.

Genève commémorait en 2009 le 500e anniversaire de Jean Calvin, le réformateur protestant qui a posé les bases internationales et économiques de Genève et fondé l'Académie de Genève, berceau de la future UNIGE. Quel rapport entretient aujourd'hui votre institution avec cet héritage?
La Réforme a entraîné une ouverture internationale des pays qui l'ont adoptée, une libération par rapport à certains aspects de la religion et du pouvoir religieux, ainsi qu'une vague de création d'universités. Celle de l'UNIGE a eu lieu dans ce contexte. Elle prend ses racines en 1559 avec la fondation de l'Académie de Genève. Cet héritage n'est pas celui de Calvin spécifiquement, mais celui d'un mouvement plus vaste dont il était l'instigateur à Genève.

Aujourd'hui, les fondements de l'UNIGE prennent toujours leur source dans cette vocation pluridisciplinaire et internationale imprimée par Calvin au moment de concevoir l'Académie.

Les universités tendent à resserrer les liens avec les entreprises. Est-ce une réalité pour l'UNIGE?
Si cette tendance existe en effet, elle ne relève certainement pas d'une obsession pour notre Université. Mais il est évident que l'Université ne fonctionne pas en marge de la société; il n'existe aucune volonté de s'en isoler, bien au contraire. L'UNIGE adopte dans ce genre d'approche une attitude raisonnée, en particulier pour ce qui concerne les questions de transferts de technologies ou de valorisation des découvertes et des compétences.

Certains redoutent pourtant une dérive vers le modèle américain et voient une menace envers l'indépendance des chercheurs. Qu 'en pensez-vous?
Au niveau des relations avec le privé, l'UNIGE s'appuie sur une expérience de plusieurs dizaines d'années. Ces liens sont établis avec beaucoup de soin pour s'assurer que les bases de la recherche fondamentale soient préservées. Certains prétendent que des filières sont privilégiées en raison de leur rendement économique. Ces allégations sont erronées, les liens avec les entreprises ne dictent en aucun cas les choix stratégiques de l'UNIGE. S'il arrive que l'on réponde à un besoin d'un secteur économique, ce n'est pas au prétexte d'un profit économique.

Sur le plan national, quell e est votre stratégie pour assurer une bonne crédibilité?
Il importe en premier lieu de savoir qui nous sommes, où sont nos qualités et nos faiblesses. A la lumière de cet examen, il s'agit de faire les choix les plus pertinents. Dans cette perspective, le premier objectif consiste à définir les domaines dans lesquels l'UNIGE est performante. Actuellement, nous en avons identifié six: la génétique, la physique, les sciences affectives, les sciences historiques, la finance et les sciences de l'environnement. Comment est-ce que l'UNIGE assure sa crédibilité? En choisissantson profil, en l'affirmant et en le renforçant.

Et sur le plan international?
Tout est entrepris pour que nos étudiants puissent suivre une partie de leurs études ou faire des stages au-delà des frontières nationales. Pour ce faire, il faut s'assurer que les différents programmes de formation le prévoient. De la même manière, il est important d'accueillir des étudiants qui viennent passer un semestre ou faire un master à Genève. La stratégie de l'UNIGE consiste à développer ces échanges en facilitant l'inscription dans les curriculums de mobilité et en développant des accords spécifiques ou préférentiels avec certaines universités. Notre service de relations internationales mène à ce sujet une politique très active. Sur la question des études internationales, nous menons également un certain nombre d'opérations communes avec l'Institut des études internationales (HEID). Nous serons amenés à travailler encore plus étroitement à l'avenir avec cet institut, car la place universitaire genevoise a tout à y gagner.

De plus en plus d'étudiants rencontrent des difficultés d'insertion professionnelle. Comment l'UNIGE se positionne-t-elle face à ces perspectives nébuleuses?
Les périodes de récession économique rendent plus difficile l'insertion dans la vie active. Toutefois, une régulation des effectifs en fonction du marché du travail me semble dangereuse. La problématique est sensible et ne se résout pas avec des équations. La mission de l'université consiste à former dans une perspective de carrière. Cela dit, elle doit s'assurer que la formation offerte soit de qualité et qu'elle prenne en compte les réalités du monde professionnel. Pour vérifier cette adéquation, elle s'appuie sur son processus d'évaluation des filières.

Quels sont à moyen terme les défis qui attendent l'UNIGE?
Un défi majeur concerne les infrastructures. A Genève, le fait que l'Université soit située au coeur de la ville confère un certain nombre d'avantages indiscutables, mais induit également quelques contraintes. L'une d'entre elles réside dans le manque de terrains à disposition. Sous réserve que ce qui a été prévu dans les négociations avec l'Etat puisse se réaliser, une partie du retard pourra être compensé par divers projets de rénovation et de développement.

La question du logement étudiant constitue également un défi de première importance. Là aussi, les perspectives s'avèrent favorables. D'une part, le premier coup de pioche du projet d'extension de la Cité universitaire a été donné - l'ensemble mettra 280 lits supplémentaires à disposition. D'autre part, plusieurs constructions modulaires sont également à l'étude.

Le système universitaire suisse, proportionnellement à la taille du pays, est le plus performant du monde. Et l'UNIGE fait partie du trio de tête au sein de «l'équipe nationale». Un autre défi de taille consiste à conserver cette excellente place.

Avez-vous un mot pour les étudiants de votre université?
Pour être heureux, il faut avoir des projets, ne pas se contenter d'être passif, consommateur. Où voulez-vous aller, que voulez-vous faire de votre vie? L'UNIGE peut vous aider à réaliser votre projet, à condition que vous en ayez un qui soit compatible avec les enseignements qu'elle dispense, et surtout que vous vous y consacriez avec enthousiasme et détermination.


L'UNIGE en chiffres (2009-2010)

8 facultés
19 centres, instituts et programmes plurifacultaires
29 baccalauréats universitaires
79 maîtrises universitaires
200 programmes de formation continue
14'489 étudiants inscrits
61% d'étudiantes
36% d'étudiants de nationalité étrangère
693 étudiants accueillis en échanges
367 étudiants partis en échanges
5'426 membres du personnel
48,2% de membres féminins parmi le personnel
3'500 membres du corps enseignant
40,6% du corps enseignant féminin
46,5% du corps enseignant de nationalité étrangère

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