
Telle est la phrase scandée dans les rues de Chicago, quoique surtout devant l’écran géant mis en place par CNN sur la Thompson Place, au nord du loop. Les journalistes de plusieurs pays sont présents devant la foule animée, pour prendre un échantillon d’ambiance. Un russe qui fait quelques interviews, BFMTV montée sur un bac à fleurs pour capturer davantage de l’ensemble. Mais en vérité, ce que les télévisions du monde ont pu montrer ne reflète pas la réalité de l’élection et des rassemblements qu’elle a pus générer, tout du moins dans le fief démocrate de Chicago, ville natale de Barack Obama. Contrairement à ce qui s’est passé en 2008 avec plus de deux cents cinquante milles personnes réunies dans Grant Park pour écouter le nouveau président faire son discours de victoire derrière des vitres blindées, il n’y a pas plus de deux-trois milliers de personnes réunies devant le Thompson Center, et le président ne fait pas d’allocution ouverte. Son discours a au contraire lieu devant les proches, les familles de proches et les militants de son parti dans le McCormick Center au sud du centre ville. Le centre ne peut pas contenir plus de trois à quatre milles visiteurs. Ce qui signifie que la possibilité d’avoir un ticket était des plus minces…
« Pour tous ceux qui ont attendus longtemps dans le froid – par ailleurs, nous devons changer ça ! » Et oui, à New York, les files de vote ont duré parfois jusqu’à deux heures ! L’ouragan Sandy est-il une excuse recevable? Il est vrai que beaucoup de familles ne sont pas encore retournées dans leurs maisons, et que l’État a décrété des mesures spéciales permettant aux citoyens de voter pour les présidentielles et pour les sénateurs dans n’importe quel bureau de vote. Et à coup de phrases sublimes mais générales, presque aussi transcendantales que l’acier perdu dans le ciel des villes : « Une décade de guerre se termine, notre économie est en train de guérir », et quid d’un « Je vais retourner à la Maison Blanche plus décidé et plus inspiré que jamais ! ».
En réalité, ce que les médias n’ont cessé de rabâcher ici comme étant un course de chevaux qui allait se jouer au millième, était plutôt un pari en très bonne voie d’être gagné dès les quelques jours précédents. Des nobles raisons pour ne pas le crier sur les toits sont d’éviter de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué et d’entretenir le suspense, mais n’y aurait-il pas d’autres causes logiques? Comme par exemple, les médias qui pourraient avoir un train de retard sur les campagnes, le nez plongé dans les statistiques vite obsolètes, alors que les candidats reçoivent des informations très précises en continu et provenant de sources multiples et nombreuses?
Après un petit tour à la Willis Tower au sommet dans le brouillard et la neige, let’s go attendre un peu que quelque chose se passe. La place où est installé l’écran géant de CNN est encore vide; il faut dire que les résultats ne sont attendus que plus tard. Une bière ou deux dans un bar, puis nous nous déplaçons – Où sont les Chicagoans (ou Chicagolais?), bordel? Pas grand monde devant le centre, un peu avant les résultats ! Quelques irréductibles avec glacières et chaises longues, bien habillés alors que le Suisse se les pèle en regardant un rassemblement républicain retransmis en direct, quelque part au Texas, où le T-shirt est la seule chose que l’on porte.
Premières projections de résultats : le Vermont pour Obama, lui apportant trois grands électeurs, et le Kentucky, pour Romney, avec huit, cette fois. Dois-je rappeler qu’en réalité, l’on ne vote pour le président que de manière indirecte, c’est à dire pour de grands électeurs qui apportent la promesse d’élire le candidat choisi ? Le nombre de grands électeurs varie plus ou moins en fonction de la population de l’état, et un total de deux cents septante est requis pour être (ré)élu.
Quelques sondages : les gens qui vont à l’église, les hommes, les riches, votent majoritairement Romney. C’est l’inverse pour Obama, et inutile de souligner que l’électorat Afro-américain vote à nonante pour cent pour le démocrate noir! Ils n’en ont que très peu parlé lors des débats, mais il est intéressant de mette côte à côte quelques points des deux programmes. Le contraste est manichéen : pour ou contre le mariage gay de manière générale, pour ou absolument contre l’avortement, pour ou contre apporter des restrictions à la possession d’armes. Politique étrangère ? L’un prône une diplomatie forte envers la Syrie, alors que l’autre est fermement, le cas échéant, pour une intervention militaire.
BFM TV en direct !
Clôture des bureaux en Californie et en Ohio, deux Swing States importants ! Jusqu’à la dernière minute – et même ce matin avec des dépouillements pratiquement terminés – ces deux États restent très proches… Quoique l’Ohio semble largement penché pour Obama : les décomptes restants doivent venir de districts démocrates, et le président est déjà devant. La côte Est tombe très vite et sans surprise en faveur des démocrates, et le Sénat est majoritairement couvert de sièges bleus sur les pronostics de CNN, dès dix heures ! L’Oregon semble sonner le glas des républicains, et la chaîne de télé pronostique Obama gagnant très rapidement, malgré quelques dépouillements encore à faire. Les chaînes étrangères commencent à passer en live – notamment des reporters de BFMTV – ne montrant pas vraiment la réalité, ne la racontant pas non plus : il sont peu, peut-être trois milles, devant l’événement de la CNN… La foule en liesse de 2008 pour les promesse du « Yes We Can ! » a fait place au pragmatisme d’une persévérance à affirmer.
Il est surprenant de voir, par ailleurs, à quel point le taux de participation est faible. Les Américains ont une vision très comptable de la politique, selon mon cousin. Aucun pourcentage n’est jamais affiché pour montrer la participation, que ce soit à la télé ou dans le New York Times.
Nous prenons un taxi pour être rapidement à l’auberge, où nous nous posons dans le lobby pour regarder le discours du président réélu à la télé. « Je crois que nous pouvons tenir la promesse de notre constitution, l’idée que si vous voulez travailler dur, qui vous êtes n’a pas d’importance, pas plus que d’où vous venez, ce à quoi vous ressembler ou qui vous aimez. Ça n’a pas d’importance d’être noir ou blanc, hispanique ou asiatique, natif américain, jeune ou vieux, riche ou pauvre, sain, handicapée, gay ou hétéro. Vous pouvez le faire ici en Amérique, si vous y croyez ! »
L’Amérique a encore et toujours du rêve a vendre.
C’était Mathieu Demarne (qui doit retourner vite-fait étudier à Pittsburgh) pour le Crétin Transnational, Chicago.