De l'importance du design

Comme nous le savons tous, le Japon est un pays où les règlements et les consignes sont respectés avec une ferveur quasi religieuse.

Pour s’en convaincre, promenons-nous donc sur le campus de Waseda et arrêtons-nous dans le hall du bâtiment 22, où deux jeunes demoiselles sont en pleine conversation (désolé pour la qualité, c’est les portables japonais - dont nous savons tous qu’ils sont bien supérieurs aux portables occidentaux).

Deux demoiselles en pleine conversation

Vous noterez que les jeunes filles sur la photo sont entourées par cinq petits papiers roses - trois collés au mur (elles cachent presque deux d’entre eux) et deux posés sur la surface où elles sont assises. Ce sont en fait des messages. Mais que disent-ils? Approchons-nous pour le savoir.

Oups.

Cette petite scène est l’illustration parfaite du pouvoir du design. Le design, contrairement à ce que certains peuvent penser, ne se résume pas à des chaises à huit pieds et à des vêtements impossibles à porter; le design, c’est avant tout la conception d’objets, d’espaces, et de processus qui permettent d’atteindre des objectifs données avec une efficacité maximale. Ici, le designer (en l’occurence l’architecte) a commis un crime impardonnable: il a créé un objet qui ressemble à un banc, qui se place là où l’on s’attendrait à trouver un banc, qui donne envie de s’assoir dessus pour papoter comme un banc, mais qui n’est pas un banc. Aucune interdiction n’y fera jamais rien. L’erreur est si monumentale que même un autre procédé de design très puissant, la redondance de l’information (utilisé avec succès ailleurs) ne peut rien y faire, et pourtant avec un message par décimètre on ne peut pas dire qu’ils n’ont pas essayé. Ne pensez pas que ces filles soient particulièrement rebelles - en fait, je ne peux me souvenir que d’une ou deux fois où il n’y avait pas quelqu’un assis à cet endroit. Une erreur de design est vite commise, mais ses conséquences durent bien plus longtemps - dans le cas d’un bâtiment, jusqu’à sa démolition. Je ne vois vraiment pas comment on pourrait y remédier à moins d’installer dans le lobby des mitrailleuses automatiques couplées à des détecteurs de pression. A moins que… quelque chose de plus subtil, peut-être?

Moralité de l’histoire? La prochaine fois que vous commencerez à mettre en page votre rapport le plus important du semestre - le magnum opus de la tétrapilectomie académique, bourré de graphiques, de schémas et de tableaux - prenez un instant pour réfléchir où viendront se placer les agrafes et les trous de la perforatrice. Cela peut éviter des drames.