Hajimemashite!

Salut, lecteur.

Je me demande à quoi tu ressembles et pourquoi tu as choisi de lire ce blog-ci. Peut-être es-tu un passionné des voyages et regarder les photos des pays lointains te fait presque ressentir le vent d'ailleurs qui ébouriffe tes cheveux. Peut-être es-tu un afficionado des mangas ou des jeux vidéo et le mot "Japon" t'a fait cliquer sur le lien avant même que tu ne t'en rendes compte. Peut-être es-tu déjà un bien meilleur connaisseur du Japon que moi et tu voudrais voir si je vais perpétuer les clichés sur le pays ou non (la réponse est "je m'efforce de ne pas le faire, mais certains clichés sont là pour une raison"). Peut-être veux-tu toi aussi partir au Japon. Peut-être n'as-tu simplement rien à faire. Peut-être que mon ton paternaliste t'énerve et que tu as l'intention de fermer la page.

Ne t'en vas pas si vite - nous commençons à peine à faire connaissance. Tout d'abord, j'arrête d'utiliser le tutoiement - d'autres gens sont venus s'asseoir près de mon petit coin de feu et je suppose que ce serait impoli de continuer de m'adresser seulement à toi. Dorénavant, j'emploierai le pronom "vous" mais sache toutefois que ce "vous" sera toujours compris comme plusieurs "tu" et non pas comme un seul "Vous-avec-une-majuscule".

Je vais principalement vous parler de mon voyage du point de vue académique - comment on fait pour aller en échange au Japon et ce qu'on peut espérer y trouver. Cela n'exclut pas, bien sûr, quelques écarts de temps en temps, mais la thématique principale sera axée sur mon expérience en tant qu'étudiant et non voyageur. Il se trouve que j'ai un autre blog, sur une plate-forme indépendante, qui traite de cette autre facette - la musique, les petites observations de la vie quotidienne, les photos des voyages - donc si cela vous intéresse aussi, je vous invite à aller y jeter un coup d'œil (si vous demandez au vieux Google où crèche un certain Anton qui a récemment visité le parc Nanko dans la ville de Shirakawa, il saura sûrement vous renseigner). Ici, nous serons davantage centrés sur un sujet.

Procédons dans l'ordre. Passer un an de votre vie à des milliers de kilomètres de votre chez-vous cosy et douillet n'est pas quelque chose qui s'improvise et plusieurs mois - quand ce n'est pas années - s'écouleront entre le moment où vous vous déciderez pour l'aventure et le moment où, enfin, vous vous retrouverez complètement paniqué dans un avion en train de vous arracher à tout ce que vous avez connu jusqu'à présent.

Il y a, grosso modo, trois étapes pour arriver à partir en échange:

1. Se convaincre soi-même;
2. Convaincre ses proches;
3. Convaincre son université.

La première étape, se convaincre soi-même, semble très facile mais en fait c'est la plus dure de toutes. Pourquoi? Parce que vraiment vouloir faire quelque chose, ce n'est pas simplement se dire "je le veux" (ça, c'est facile), mais c'est répondre à la question "A quoi suis-je prêt à renoncer pour obtenir ce que je veux?". Un voyage comme celui-ci peut rapporter énormément, mais pour avoir le droit de participer au jeu, il faut payer le prix fort. Pendant un an, vous allez perdre votre famille et vos amis; votre maison et votre petite-amie ou petit-ami; votre télé et votre animal domestique; votre petit restau préféré et votre magasin dans lequel vous aimez déambuler le samedi. En même temps, le voyage va aussi vous permettre de vivre en un an ce que vous n'auriez pas vécu en trois normalement - c'est presque comme si vous vous fabriquiez des années de vie en plus.

Toutefois, pour que ça marche, la première chose à faire est de se demander: mais pourquoi veux-je partir?

(Mon premier billet de blog ici, et je commence par une autocitation. Vous parlez d'une grosse tête). La BD plus haut est un gag; mais toute plaisanterie, vous le savez, contient une part de plaisanterie (ce n'est pas une faute de frappe). Ainsi, les étudiants qui partent peuvent être classés en trois catégories:

a. Ceux qui veulent venir quelque part - par exemple dans une université particulièrement célèbre ou une faculté au cursus très pointu;
b. Ceux qui veulent aller quelque part - par exemple en Asie, ou aux USA, mais l'endroit exact n'est pas important tant qu'ils retrouvent une certaine ambiance ou une certaine chose qui les attire. Ainsi, l'un des étudiants dans mon dortoir est venu au Japon principalement pour pratiquer son art martial avec un grand maître japonais - l'université lui importait assez peu pour autant qu'elle était à Tokyo.
c. Ceux qui veulent partir de quelque part - par exemple quitter une faculté qu'ils détestent ou un train-train quotidien qui les engloutit peu à peu.

Et vous, que voulez-vous? La réponse à cette question va orienter toute votre démarche. Si vous voulez venir dans un endroit précis, votre dossier aura intérêt à être aussi impeccable qu'humainement possible car votre marge de manœuvre sera extrêmement limitée et les sacrifices à faire, importants. Par exemple, si votre candidature est recalée à la sélection de candidats pour un échange, vous pouvez presque toujours vous inscrire à l'uni de vos rêves en étudiant libre - mais en payant une note salée et en ne bénéficiant d'aucun soutien de votre faculté. Si vous êtes plus souple sur votre destination, vous aurez plus de chances de succès - mais attention à ne pas vous retrouver dans un endroit qui ne vous plaît pas vraiment. Si vous voulez juste fuir - motivation tout aussi valable qu'une autre par moments - vous allez probablement y arriver, mais demandez-vous si le problème ne viendrait pas de vous plutôt que de votre entourage. Après tout, si vous avez mal partout où vous vous touchez, c'est que votre doigt est peut-être cassé.

La deuxième étape sera d'annoncer votre décision à votre entourage. Ceux que vous allez quitter (si vous avez une tendre moitié, notamment, cela peut vite devenir compliqué), mais aussi ceux sur qui vous comptez pour financer l'aventure. Idéalement, bien sûr, vous devriez auto-financer le voyage, mais peu y arrivent. Et c'est là que ça s'envenime parce que vos proches, même s'ils vous aiment et vous encouragent, auront aussi naturellement tendance à tempérer quelque peu votre enthousiasme - après tout, qui veut voir sa fille, son copain ou sa meilleure amie disparaître à l'horizon pendant un an? L'important, c'est de les contaminer avec votre optimisme et votre résolution, et il vous faut donc absolument en avoir au départ, d'où l'importance de la première étape.

La troisième étape sera de convaincre les instances officielles - l'uni d'accueil, la votre si c'est un programme d'échange, éventuellement un jury d'attribution des bourses - de la validité du projet. Les lourdeurs administratives - innombrables lettres, CV, recommandations et coups de fil à déposer en cinq exemplaires avant la fin du mois dernier - vont essayer de vous avoir à l'usure. Votre seule parade est d'être encore plus teigneux et résistant. Allez à toutes les séances d'information, choisissez bien vous recommandataires et demandez aux gens versés dans les arts littéraires de corriger le style de vos lettres si vous sentez que c'est nécessaire. Après tous ces efforts, il se peut que vous soyez recalé pour un dixième qui vous a échappé à un examen de première - mais si vous savez pour quelle raison vous partez, vous saurez aussi quelle stratégie adopter (partir dans l'uni de vos rêves en étudiant libre, partir dans une autre uni dans le même pays, partir dans un pays moins couru) et donc serez préparés. Le plus important dans tout dossier de candidature est le respect des délais - si ce n'est déjà fait, utilisez un calendrier électronique (de votre téléphone ou client email) avec, pour toute date importante, des rappels progressifs un mois avant, deux semaines avant, une semaine avant et ainsi de suite.

Pour ne pas rester trop théorique, je vais vous parler un peu de mon propre parcours. Je savais que j'allais étudier dans une université étrangère depuis l'âge de 17 ans environ - c'est alors que je me suis rendu compte que le voyage permet, comme peu d'autres expériences de vie, de révéler une personnalité et de jalonner un parcours. Quand j'ai appris en 1re de l'uni que l'on pouvait partir en 3ème, je su donc immédiatement que j'allais le faire. La seule question était le lieu. Aucune des universités partenaires de ma faculté ne sortait exceptionnellement du lot; j'ai donc décidé de choisir par pays. Comme beaucoup d'autres, j'ai lorgné du côté de l'Amérique pendant un moment, puis, alors que je prenais le train pour mon université pour mon deuxième jour de cours de ma deuxième année de bachelor, le mot "Japon" s'est allumé comme une évidence dans ma tête et tout s'est mis logiquement en place.

Contrairement à de nombreuses histoires d'horreur que l'on peut lire sur les blogs, mes interactions avec l'administration ont passé sans heurts particuliers, ce qui pouvait en partie être expliqué par mes bons résultats de 1re année (on ne pense pas, en rendant ses premiers examens d'uni, qu'ils peuvent de facto déterminer comment on passera notre troisième année, et pourtant c'est le cas) et en partie par le fait que mes lettres de motivation étaient aussi claires que le projet dans ma tête. Mes proches ont été un peu étonnés par le choix de la destination - Tokyo n'est pas vraiment la porte à côté - mais je mettais un point d'honneur à balayer leurs réticences à chaque fois qu'elles se présentaient, avant tout pour balayer celles présentes dans ma tête (il est impossible d'éviter les arrière-pensées - mais il est possible de faire en sorte qu'elles ne dictent pas nos actions). Toute ma deuxième année a été placée sous le signe de la préparation au voyage - j'ai commencé à apprendre le japonais dans des cours du soir, commencé à fréquenter intensivement la salle de fitness pour avoir une "avance" qui me permettrait, au Japon, d'y passer moins de temps et de profiter davantage du voyage sans ressembler pour autant à Bibendum, trouvé assez rapidement un job pour toutes mes vacances d'été afin de financer les festivités et commencé un petit boulot que je savais pouvoir continuer même depuis Tokyo grâce à Internet - illustrer et écrire pour des magazines.

Ça fait maintenant deux mois que je suis au Japon et ceux qui ont lu mon autre blog savent que je ne regrette pas une seule seconde ma décision de venir car je suis en train de vivre quelque chose de véritablement exceptionnel. Pourtant, ne croyez pas que je vous parle avec la suffisance de quelqu'un qui, après avoir réussi quelque chose, donne des conseils condescendants qui n'ont rien à voir avec ce qu'il vit ou pense vraiment. Au contraire, j'applique les quelques conseils exposés plus haut en ce moment même, car il est déjà temps de penser à organiser mon master - une tâche tout aussi complexe qui demande de traverser les mêmes étapes et de se poser les mêmes questions.

Et c'est très bien ainsi. C'est le mouvement qui fait vivre, après tout.