Et c’est reparti pour 2010! Pour les vacances d’hiver, j’ai fait une mini-escapade à l’ouest du pays dont je publierai des rapports à fur et à mesure que j’arriverai à trier les montagnes de photos que j’en ai rapportées. Aujourd’hui, je vais vous parler d’une île où j’ai passé le dernier jour de 2009: Itsukushima. Cette île est davantage connue sous le nom de Miyajima, mais en réalité Miyajima n’est que le nom du principal village situé sur l’île (par conséquent, c’est ce nom qu’il faut chercher sur les plans du réseau ferroviaire, ce qui explique la confusion).

Même si vous ne connaissez presque rien du Japon, vous avez sans doute déjà vu l’image du torii (ou portail des esprits, qui marque l’entrée d’un autel shintoïste) flottant ci-dessus. Ce lieu est considéré, à juste raison, comme l’un des trois endroits les plus spectaculaires du Japon; mais il y a bien d’autres choses à découvrir sur Itsukushima en plus de cette vue classique.
Pour accéder à l’île, il faut prendre d’abord un train puis un ferry, qui circule toutes les 30 minutes environ. On pourrait s’attendre à ce que le service soit plus rare ou même interrompu un 31 décembre, mais le Japon n’est pas la Suisse; la nuit du Nouvel-An est en fait la seule où tous les transports en commun ne s’arrêtent pas.

La traversée en ferry est l’occasion de se prendre, l’espace de quelques minutes, pour le capitaine Nemo.

Et voilà, le célèbre torii flottant attire évidemment tout de suite le regard. Vous noterez qu’il n’est bien sûr pas vraiment flottant; il donne simplement cette illusion lorsque la marée est haute. Quand elle est basse, par contre…

…il est tout à fait possible d’y marcher…

…et de voir à quoi il ressemble vu de près.

Les touristes glissent des pièces dans les craquelures du bois.

Une fois le pélérinage protocolaire jusqu’au torii effectué et la photo commémorative obligatoire prise, on peut enfin regarder autour de soi et se rendre compte que, magnifique comme il est, il ne constitue même pas 10% de ce qu’il y a à voir sur l’île, plutôt grande.
Tout d’abord, il y a l’autel lui-même. Un torii, en effet, ne fait que marquer l’entrée d’un lieu saint et l’autel en question vaut aussi le coup d’être vu. Vous noterez qu’il est construit sur pilotis et que, lorsque la marée est haute (elle est basse sur la photo), il semble lui-même flotter à la surface des eaux. Cette décision architecturale est due au fait que Itsukushima est considérée comme une île sacrée; cela veut notamment dire qu’il est interdit d’y naître ou mourir (sic) et que, avant, le commun des mortels ne pouvait pas y mettre le pied. Par conséquent, l’autel sacré a été construit à ras l’eau de façon à ce que les fidèles puissent y accéder en barque – en traversant au préalable le torii flottant.

Le jour, les chapes de neige accumulées sur les toits ont commencé à fondre et à ruisseler le long des toits.

L’aspect ancien de l’autel ne l’empêche pas d’être doté d’un système de détecteurs de fumée et d’extincteurs.

Et puis, il y a le reste du village de Miyajima qui se trouve au-delà:

Ses canaux…

…ses pagodes…

…et ses toits enneigés.

Mais il y a aussi quelque chose sur l’île dont on ne parle qu’à peine dans les guides de voyage et qui en constitue pourtant l’une des principales attractions, du moment où vous y mettrez le pied jusqu’au moment où vous la quitterez.

Que serait une île sacrée sans ses animaux sacrés? A Itsukushima, ce sont des biches. Il y en a des dizaines, elles ont tout sauf peur des humains et elles se promènent absolument partout, se mélangeant aux touristes et leur quemandant de la nourriture parfois avec insistance.

Qui a besoin d’aller au zoo lorsqu’on peut facilement approcher (et caresser!) non pas une mais plusieurs biches simplement en allant sur la place principale?

Il est interdit de les nourrir, mais rien n’empêche de prendre une branche qu’elles machouillaient déjà et en séparer les feuilles pour les rendre plus faciles à manger.

Enfin, faut-il encore savoir que leurs goûts alimentaires peuvent parfois être étranges. Gare à vos affaires, Itsukushima est un lieu où on ne laisse rien traîner par terre sous peine de le voir machouillé.

Si c’est pas mignon, ça?

Pour le Nouvel-An, une cérémonie spéciale se déroule sur l’île. Toute la journée, des équipes d’hommes partout d’énormes fagots en bois défilent partout sur l’île en criant “Yoi! Yoi!” et s’arrêtent devant les commerces pour recevoir de petites enveloppes d’argent.

Il y a plusieurs équipes de porteurs, grands comme petits.

Peu avant six heures, une foule se presse sur la place devant le torii pour assister à une cérémonie qui portera chance et protégera des incendies pour l’année prochaine. Note: prenez des vêtement et surtout des chaussures chaudes ou vous le regretterez, attendre 40 minutes sur place par des températures flirtant avec le zéro n’est pas une expérience à tenter habillé légèrement.

Des officiels allument un feu sacré avec des torches et la place se métamorphose instantanément: des représentants des différentes équipes qui défilaient avec leurs fagots durant la journée se jettent sur le feu pour allumer de petites torches avec lesquelles il vont mettre le feu aux fagots de leurs équipes.

Les fagots enflammés vont ensuite faire le tour de la ville, toujours accompagnées par les “Yoi! Yoi!” des porteurs.

Puis, ils seront installés à plusieurs endroits de l’île.

Beaucoup de spectateurs tiennent des fagots plus petits à la main qu’ils vont également allumer sur le feu principal.

Finalement, la place se retrouve recouverte de petits feux improvisés autour desquels les habitants vont se rassembler et prier.

Une façon plutôt sympathique d’accueillir l’année qui vient, en somme.