En direct de Chicago

Belle Skyline et un peu de politique !

Et oui, je savais bien que venir ici avec mon cousin pour l'élection américaine risquait de ne pas être de tout repos pour le cortex relationnel caché dans ma masse crânienne. Entre les grands buildings du fief démocrate, au milieu de ses larges avenues, pas un drapeau de campagne, pas une banderole ou un militant en vue. Même sur les murs du headquarter démocrate, à One Prudential, East Rodolph Street : aucune banderole - vu de l'extérieur le bâtiment semble tout simplement rempli de bureaux comme les autres. Comme quoi l'on considère visiblement l’Illinois comme déjà acquis ! Quelques demandes, à droit à gauche, orchestrées par le politicien du parti socialiste français, mon cousin de Haute-Savoie, et on se retrouve sur la piste du bureau de vote.

Le bâtiment est grand, faisant face à la grande place de Washington Avenue et son centre commercial et administratif tout de verre et d'acier, dont il est partagé par l'une des plus grandes cours de justice du pays, sous laquelle est un bon petit complexe souterrain qu'un cul-terreux dans mon genre a tendance à trouver impressionnant. Portiques de sécurité un peu partout, et au fond d'un couloir, une file d'attente pour le vote anticipé.

Du temps que le gardien appelle son gérant après le speech de l'étudiant en politique que l'informaticien s'évertue à suivre et écouter, les deux compères se retrouvent à suivre le président des jeunes du Parti Républicain de Chicago, Angel Garcia, pour une séance d'interview en compagnie du seul média russe qui soit libre, parole de sa journaliste - sans doute RTVi dont plusieurs bureaux sont aux États-Unis - suivit d'une suite d'échanges intéressants entre le socialiste français et le républicain.

Interview de Angel Garcia

Pourquoi avoir choisi d'être républicain ?

Garcia est pour le libre échange des marchés, et estime que ce n'est pas au gouvernement de venir fourrer son nez dans les affaires du business - ou, autrement dit, l'argent se doit d'avoir un pouvoir plus grand que le pouvoir politique, force de capitalisme palpitant et de monstres de fer et d'acier sortis de la surconsommation. Car il faut bien dire, après avoir entièrement brûlée parce que personne n'avait trouvé mieux que construire cette jeune ville en bois, ils ont bien pensé à y mettre l'acier et le béton nécessaires, avec la plus haute tour des État-Unis et le premier gratte-ciel qui n'y fut jamais construit.

Mais trêve de divagation, n'y a-t-il pas là un problème, peut-être un paradoxe digne de la magnificence toute américaine de la démesure verticale ? Soutenir un parti à des élections pour faire en sorte que le gouvernement qu'il peut potentiellement incarner perde de son pouvoir au profit des grandes multinationales, des riches vertueux, des bureaucrates et rats de la finance ?

Et ne pas oublier que dans ce pays l'on peut voter plus tôt, que le taux général de participation n'a aucune importance - seul le résultat compte, simplement défini par le nombre de voix supérieur que l'on peut bien posséder. Les conséquences en sont les suivantes : pas de distribution de tracte dans la rue en faveur de tel ou tel parti, pas plus que de grande banderole : ça serait une perte d'argent pour un publique non ciblé. La cible, se sont les indécis, les votants qui décident finalement de ne pas bouger de la pause pizza et budlight entre les émissions pour aller voter et compléter les voies d'un parti. Du coup, appel à domicile, les deux questions fatidiques sur le bout des lèvres : "Avez-vous voté ?" ou "Êtes-vous indécis ? Votez Républicain, parce que..." .

En ce qui concerne l'Illinois, le gagnant est connu d'avance, mais reste encore les locales. Le vertibable tempo sera donné demain par la cloture des bureaux en Pennsilvanie, puis viendra l'Ohio, Swing State crucial pour les deux camps.

Retour en métro à l'auberge, sous les bombardements d'une discussion au sujet de la tradition de vote française, pour qui aller aux urnes le jour-J uniquement se perpétue. L’État est proche de la religion dans les rituels qu'il peut porter, et l'on n'est visiblement pas prêt de perdre les petits papiers. L'électronique et ses soucis, très peu pour le payer de Rousseau.

Et demain soir alors ?

S'il n'y a pas de possibilité d'entrer au McCormick Center qui ne peut héberger qu'un nombre limité de places, comment faire pour au moins avoir droit à des écrans géants ? Il risque bien d'en avoir partout dans la Windy City, mais qui sait, invités au Wit Hotel que nous sommes par les républicains, l'opportunité est là. Très peu, ma fois, pour le socialiste de Haute-Savoie qui se cache en Quentin, et surtout très peu pour passer l'Élection Night avec des républicains dans un fief démocrate ! Le petit suisse et ses séquences de logique fonctionnelle en programmation n'a qu'à en prendre du poil de la graine, et apprendre à avoir la tchatche pour jouter un peu dans l'arène des grands.

On en apprend jamais autant qu'en étant confronté à une autre culture - mais j'ai l'impression d'en avoir passablement appris sur le fonctionnement d'un esprit orienté politique et des lacunes du mien en ces quelques jours, et il a fallu que la personne incapable de s'arrêter de parler soit mon cousin. Ok, d'accord, il est temps que je prenne goût à la parole ! C'est en disant n'importe quoi qu'on pense rond et qu'on a sans doute de grandes idées. Enfin, tout du moins, ici les idées planent à quelques centaines de pieds et il est bien temps pour le cheval d'enlever ses œillères.

Demain c'est Élection Day. C'était Mathieu Demarne pour le Crétin Transnational, Chicago.